Mercure De France

  • Eau Claire, petite ville du Wisconsin. À trente-deux ans, Lorraine est une mère aimante et courageuse. Avec Fred son mari, elle a eu 4 enfants, qu'elle élève du mieux possible. Toute la famille s'entasse dans une baraque sur un lotissement miteux. Pour joindre les deux bouts, Lorraine et Fred cumulent les petits boulots.
    Pourtant, un soir, peut-être un peu plus fatiguée ou un peu plus fragile, Lorraine craque : une énième dispute avec Adam - son aîné de quinze ans -, a raison de sa patience. En pleine nuit, en plein hiver, elle le met à la porte. Sous prétexte qu'il est homosexuel. Et de brûler ses affaires pour faire disparaître toute trace du fils maudit. À l'en croire, c'est pour protéger toute la famille de la honte qu'elle agit ainsi.
    Gilles Leroy décrit avec beaucoup d'humanité et d'empathie une Amérique contemporaine loin des clichés, celle des gens modestes touchés par la crise économique, dans un monde de plus en plus violent.

  • Été 1984. Lorsque le narrateur apprend la mort de sa jeune amie, Agathe, c'est une déflagration. Celle qu'il connaît depuis six ans et avec qui il partage beaucoup ne peut pas avoir disparue. Pourtant c'est un fait : elle a été violée et tuée dans un parking à Vincennes. Personne n'est mieux placé que lui pour témoigner sur cette jeune fille, avec qui il a travaillé et fait la fête. Devenu écrivain, ses souvenirs sont restés intacts : « Je l'idéalisais - et alors ? Il est possible que je l'idéalise aujourd'hui encore dans ces lignes. Au sordide du drame, on peut préférer sans rougir le roman d'un passé réécrit et provisoirement embelli. » C'est ce roman, et celui d'une époque, que nous livre Gilles Leroy, en forme d'hommage vibrant, plus de trois décennies après les faits. Il y dessine avec une grande élégance le portrait émouvant d'une jeune femme libre, plus vivante que jamais, et met en scène une amitié exceptionnelle

  • Montgomery, alabama, 1918.
    Quand zelda, "belle du sud", rencontre le lieutenant scott fitzgerald, sa vie prend un tournant décisif. lui s'est juré de devenir écrivain : le succès retentissant de son premier roman lui donne raison. le couple devient la coqueluche du tout-new york. mais scott et zelda ne sont encore que des enfants : propulsés dans le feu de la vie mondaine, ils ne tardent pas à se brûler les ailes... gilles leroy s'est glissé dans la peau de zelda, au plus près de ses joies et de ses peines.
    Pour peindre avec une sensibilité rare le destin de celle qui, cannibalisée par son mari écrivain, dut lutter corps et âme pour exister... mêlant avec brio éléments biographiques et imaginaires, gilles leroy signe ici son grand "roman américain".

  • Été 1948, Arizona. Trois jeunes acteurs, Joan Ellis, Paul Young et Bob Lockhart, tournent un western. Sur la pellicule, Paul et Bob se disputent le coeur et le corps de Joan. Mais horschamp, les choses sont bien différentes... Les garçons se rapprochent inexorablement et Joan assiste, fascinée et impuissante, à la naissance d'une passion. Mais à l'époque, la pression des studios, les ligues de décence, les comités de censure et les attaques de la presse auront raison de leur histoire d'amour. Après des années de « colocation » et de rumeurs, les deux hommes se séparent...
    Automne 2004, Manhattan : le film de 1948 ressort colorisé et restauré. Les acteurs sont invités à la projection événement en avant-première. Plus de cinquante ans après, des retrouvailles - ou des réconciliations - peuvent-elles avoir lieu ?

  • Zola Jackson

    Gilles Leroy

    Août 2005, delta du Mississippi : l'ouragan Katrina s'abat sur La Nouvelle-Orléans.
    Les digues cèdent sur le lac Pontchartrain et les quartiers modestes sont engloutis. La catastrophe touche de plein fouet la communauté noire. Tandis que ses voisins attendent des secours qui mettront des jours à arriver, l'institutrice Zola Jackson s'organise chez elle pour sa survie. L'eau continue de monter, inexorablement. Du ciel, les hélicoptères des télévisions filment la mort en direct. Réfugiée dans le grenier avec sa chienne Lady, Zola n'a peut-être pas dit son dernier mot.
    Sous la plume de Gilles Leroy, Zola Jackson, femme de trempe et mère émouvante, rejoint le cercle des grandes héroïnes romanesques.

  • Qui aurais-je été, moi, si Éliane m'avait eu d'un autre homme ? Si elle m'avait conçu avec ce lieutenant Delor, j'aurais été un homme doux, sans doute, et posé comme lui. J'essayais de me représenter physiquement : de taille moyenne, voire petit, de corpulence fine et sèche, j'avais la peau brune, des cheveux noirs frisés, denses et brillants - plus rien à voir, enfin, avec cette plaie de rouquin à la peau trop fragile. Mon imagination s'arrêtait là et le commencement de fiction s'éventait aussitôt, aporétique et sans issue, puisqu'on ne récrit pas l'histoire, celle de son corps encore moins que celle des hommes.

    En cette toute fin des années cinquante, Éliane a vingt ans quand elle tombe enceinte. André, le futur père, n'en a que dix-sept et ses parents s'opposent au mariage. Éliane a peur. Sa propre mère la renie, André disparaît... Où trouver le courage de porter puis d'élever seule cet enfant ?

    Gilles Leroy renoue ici avec la veine personnelle de son oeuvre - dans la lignée de Machines à sous et de Grandir. Car Éliane et André sont ses propres parents. Dans ce roman familial, il dresse les portraits émouvants d'une mère séduisante et combative, d'un père amoureux et flambeur, tous deux adorés et complexes. Avec une infinie tendresse, essayant d'imaginer leur vie avant lui et ce qu'elle aurait pu être sans lui, il cherche aussi à savoir d'où il vient, livrant de lui-même un autoportrait en creux.

  • Tomber amoureux, ce jour-là, foudroyé au contact d'une main, me rendit mes seize ans, exactement mes seize ans à Leningrad.
    Quiconque aura aimé sait ces choses-là entre mille : étreindre une main, c'est tout donner, d'un coup, sans prudence, sans contrat, sans rien. Tenir la main, tous les enfants le savent, n'est pas seulement s'accrocher au passage : tenir ta main, c'est tenir à toi, tenir de toi. Et plus je serre, plus j'entrecroise nos doigts, les entrelace, plus je te dis mon incommensurable besoin, un besoin tel que ta paume me renseigne sur toi.
    Sur ta paume, j'ai pu lire que tu étais quelqu'un de bien. Au cours d'une tournée qui le conduit du Caire à Buenos Aires et de Casablanca à Odessa, l'écrivain-narrateur rencontre Marian à Bucarest et s'en éprend instantanément. Mais les deux hommes ne sont pas égaux devant la vie et devant l'amour. Marian, issu d'un pays qui a fait les frais de la dictature, croit ferme en l'avenir et au coeur qui bat.
    L'écrivain français n'a plus le même enthousiasme. Gilles et Marian vont devoir composer avec le réel - la différence d'âge, la distance géographique, des emplois du temps inconciliables. Avec la confusion des sentiments, aussi.

  • Grandir

    Gilles Leroy

    "J'ignorais, alors, comment les cousins Vitti nous voyaient en retour. Leur mépris égalait-il le nôtre ? Que voyaient-ils de nous : une trinité de snobards parisiens, frimeurs et sans vraiment le sou ? Sans doute vivaient-ils plus à l'aise, plus raisonnablement que nous, dans leur bon gros bourg apathique, en route vers la propriété, eux, tandis que nous, on continuait de louer ce petit meublé sous les toits, à la porte de Montrouge ? On arrivait dans la dernière DS métallisée or ou argent. Le monde de Rueil, voisins et collègues d'usine, n'avait d'yeux et de mots que pour la DS. Le play-boy s'amusait, se laissait draguer par les femmes et les hommes.
    Nush et moi, on reculait dans le lointain. Déjà, aimer se chuchotait. Déjà, souffrir s'étouffait." Nous sommes dans les années soixante-dix. Will, le narrateur, va souvent en week-end à la campagne chez les cousins Vitti, avec ses parents Nush et le play-boy. Les cousins sont ouvriers d'une cristallerie, se tuent à la tâche et passent leurs congés à bâtir eux-mêmes leur maison. Un samedi de juin, on fête les noces du fils aîné des Vitti. Will, quatorze ans, y rencontre Roxane, dix-neuf ans, qui fait son initiation sexuelle. Rien que de très normal, en somme.
    Sept ans plus tard, un samedi de juillet, on marie l'autre fils Vitti mais tout a changé : le play-boy et Nush ont divorcé, la cristallerie licencie à tout va et jamais les cousins, chômeurs, n'auront l'argent pour finir leur maison. Will préfère désormais les bras des garçons à ceux des filles.
    Fresque sociale au vitriol, Grandir se fait peu à peu chant d'amour et hymne à la vie.

  • "Il laissa tomber ses bagages à mes pieds. Son front était creusé de deux rides, ses cheveux trempés de sueur, mais lorsqu'il ôta pour m'embrasser ses lunettes noires, ce fut une décharge de lumière qui me saisit jusqu'à la moelle. On pourrait faire le poète, chanter le soleil après l'éclipse ou le miel de ses yeux qui me reprenait au piège, mais non : c'était fornication, baise des regards, coït express sur un quai de gare - et je bandais sous mon pantalon comme ce chiot de quatorze ans sidéré un matin, dans la galerie de Ducasse, par les larmes dorées d'un camarade à crinière rouge. Même ravagée, c'était, ça resterait ma créature fatale. Et puisque rien n'avait changé, j'ai pris ses valises, je les ai portées à la voiture."

  • C'est l'histoire d'une couturière qui aimait trop la photographie et c'est l'histoire de ses photographies. C'est l'histoire d'un jardinier qui aimait trop les femmes et c'est l'histoire de son jardin. C'est l'histoire du zouave qui chantait dans les cabarets et celle de Sarah qui abandonne son tambourin pour aller en usine tourner des obus.

    C'est l'histoire de Lou.

    C'est l'histoire du prêtre défroqué, amoureux de Sarah. C'est l'histoire du jeune cordonnier déporté deux fois, qui épouse à son retour la couturière. C'est l'histoire de Muriel, l'enfant inachevée. Il y a aussi une imprimeuse et son mari fraiseur, deux miliciens interlopes, une contrebandière scandaleuse et son mari boucher. Il y a un lieutenant allemand, un jeune homme amoureux de l'Amérique, des cousins à Oran, des aviateurs dans les déserts, des architectes dans les jardins.

    Il y a Lou. Lou au centre du monde et qui réunifie le monde.

    Enfin il y a cet homme qui se souvient sans avoir rien connu, qui les interroge tous et cherche une réponse dans les photographies de la couturière.

  • Soleil noir

    Gilles Leroy

    " Ah! je ne sais pas...
    ", soupire Victoire, chaussant ses lunettes puis les ôtant, agacée. La photo montre un adolescent aux joues creuses et blafardes, la boule à zéro, la face percée de tant d'anneaux qu'on ne songerait pas à les compter, et avec ça un regard noir, obtus, impénétrable - un air de fenêtre condamnée. " Je ne sais plus. Ça y ressemble... et en même temps, non. " Quelque chose dans le bas du visage ne colle pas, cette bouche au pli amer, mauvais, quand le garçon qu'elle garde en mémoire (mais à vrai dire, à tant scruter la photo, son souvenir se trouble, les visages se superposent et se combattent l'un l'autre), ce boumian avait des moues d'enfant et un large sourire...
    Nadia hausse les épaules, vide son verre. À peine sortie de prison, Nadia est descendue dans le Var, à Vaucaire, chercher le fils qu'on lui a retiré quinze ans plus tôt. À pied ou en stop, elle court les routes de la côte et les collines de l'arrière-pays. Elle interroge tous ceux qu'elle croise, en vain. Les esprits de Vaucaire sont occupés à bien autre chose : la disparition du poète local. Les soupçons ont vite fait de se porter sur Marco, ce jeune boumian qui vit seul dans les collines.
    Soleil noir a la beauté sauvage de cette nature provençale an milieu de laquelle les drames se font et se défont.... À travers un récit éclaté en mosaïques, Gilles Leroy taille au scalpel le portrait de personnages étonnants, faits de violence et avides de tendresse.

  • L'amant russe

    Gilles Leroy

    C'est alors que je l'ai vu.
    Il m'observait franchement, les sourcils arrondis et la tête penchée de côté tel un chat surpris par sa première souris mécanique. [ ...] J'ai su qu'il n'y aurait plus rien au monde. La grande éclipse faisait son oeuvre. J'ai frissonné, la sueur s'est glacée sur tout mon corps. Il a dû le voir et il a souri. [...] Quelque chose naissait et je n'avais plus peur. Peut-être aurais-je dû : prendre le temps de la peur.
    Mais j'étais pressé. J'avais seize ans, j'étais très pressé. Lorsque le narrateur adolescent rencontre, Volodia à Leningrad, c'est le coup de foudre : il sait intimement qu'il vient de croiser son destin et qu'il devra s'y soumettre. Irrémédiablement attirés l'un par l'autre, les deux garçons que tout oppose se plieront à la force et à l'ardeur de leur désir intransigeant... A la fois inéluctable et fatale, la passion les habite, rien ne les empêchera de vivre leur amour : toujours ils trouveront les moyens de déjouer les pièges qui les menacent dans la ville et dans le regard des autres.
    Pour mieux se trouver, au risque de se perdre... Echanges de regards furtifs, mots tus au bord du silence par peur de rompre le charme, gestes à peine ébauchés où le désir s'épuise, L'amant russe compose un véritable chant d'amour.

  • J'étais célèbre, on me reconnaissait dans la rue, on m'offrait des concerts dans tout le pays, mes disques sortaient en Europe... Les télévisions me demandaient, les stars de cinéma aussi me réclamaient à leur table, Lauren Bacall, Frank Sinatra, la minuscule Natalie Wood... Mes amis étaient écrivains, Langston Hughes, James Baldwin, Lorraine Hansberry. Ma vie pourrait-elle jamais être plus belle? J'étais la coqueluche du moment et une petite voix en moi susurrait : Profite, Eunice, ça n'aura peut-être qu'un temps. Eunice, c'était mon vrai nom. Maintenant je l'ai oublié. Cinquante années passées dans la peau de Nina Simone m'ont fait oublier mon nom. Et c'est une drôle de chose, à la fin, que de devoir porter un nom qui n'a jamais été le sien. Pour vivre un destin qui n'était pas le sien.

    Comment Eunice Kathleen Waymon, la petite fille noire née dans une famille pauvre à Tryon, Caroline du Nord, en 1933, est-elle devenue l'immense Nina Simone, la diva à la voix unique et au toucher de piano inoubliable?
    Le destin de Nina Simone ressemble à un roman : c'est ce roman que Gilles Leroy recompose, livrant avec tendresse l'histoire totalement vraie et totalement romancée d'une artiste adulée dans le monde entier ? mais si seule dans la vie.
    Avec cet émouvant portrait d'une femme blessée, Gilles Leroy nous offre, après Alabama Song et Zola Jackson, le troisième volet de sa trilogie américaine.

  • Champsecret

    Gilles Leroy

    Vague inquiétude ce matin.
    Même ce plaisir que j'avais au jardin, je le perds. La peau des hommes, comme la terre des jardins, c'est ce qui maintenait le contact. Mains fouillant la terre ou caressant les corps, j'étais en vie, dans la confiance de la vie. Si je renonce au sexe et me détache de la terre, je perds mes deux seuls points de soudure avec le monde du dehors. Un écrivain parisien a fui la ville pour s'installer seul avec sa chienne à la campagne, sur une colline battue par les vents.
    Qu'est-ce qui lui a pris? La violence des éléments n'a d'égale que l'âpreté des moeurs. Au gré des saisons qui transforment son jardin, il se révèle et se cache tout à la fois, nous invite à partager ses amitiés fidèles et ses rencontres d'un soir. L'arrivée du jeune Zacharie pourrait bien bouleverser son existence.

  • " Maman est morte est un livre rare, car il dit quelque chose d'authentiquement moderne : l'allégorie a laissé place à un sentiment qui va au-delà du constat.
    Sans tristesse, d'une certaine façon, Gilles Leroy a écrit le livre de la stupéfaction. ", Gérard-Julien Salvy, Le Figaro Magazine. Maman est morte a paru pour la première fois aux éditions Michel de Maule en 1990. Le Mercure de France reprend ce texte revu par l'auteur.

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