Langue française

  • Le jour était venu : je devais rejoindre S... au Ritz. Deux mois plus tôt j'avais croisé cette provinciale érudite et espiègle, spirituelle comme une parisienne - telle du moins qu'il s'en trouve dans les songes naïfs des collégiens de la grande banlieue, et les salons d'avant 1940. Je l'invitai. Paris battait matin après matin, midi après midi, de ce battement de l'attente, luisait des cent reflets du diamant des possibles. Dans un soleil tout différent déjà, la ville se décrassait des mélancolies des siècles, et des mornes silences du nôtre. Je me demandais en quittant la rue Marbeuf dans l'aurore de ce jeudi-là, si c'était la magnificence à la fois bombée et aiguë de la capitale des capitales qui contribuait à rendre S... encore un peu plus obsédante, à achever de diviniser un peu plus l'ensorcelante présence de celle qui allait reparaître, si l'écrin faisait plus resplendissant encore le sourire qui m'attendait place «des Joyaux» (que le vulgaire appelle place Vendôme...). Après le petit déjeuner au Ritz, nous serions ensemble jusqu'à l'aube du lendemain - jusqu'au Crillon où j'avais retenu une chambre. Pour nos deux matins, ces joyaux jumeaux. J'aimais que les limites du très long périple un peu fou, accepté si gaiement, brillent, flamboient ; commencer et finir par l'éclat, parmi les lueurs à peu près intemporelles du superflu, à Paris et pour elle cela s'imposait.

  • On dit volontiers de l'archéologie qu'elle est passion. Et c'est vrai. L'amour n'est donc pas loin, et il semble donc (presque) simple d'en faire un dictionnaire qui le décline à l'envi ! Elle est aussi science, sérieuse et savante. C'est avec ces certitudes, et avec la conviction qu'il fallait oser, que ce dictionnaire amoureux a été conçu. Un mot le résume sans doute, celui de mosaïque, invitant le lecteur à un regard à deux distances : de près, au niveau de la notice attendue ou qui le surprendra, érudite ou humoriste qui donnera des détails sur un aspect en particulier de l'archéologie ; de loin, à un niveau plus global de l'ouvrage qui lui donnera une vision d'ensemble de l'archéologie telle que l'auteur la vit, l'aime, l'étudie, l'enseigne et la promeut. C'est donc ainsi guidée, que la liste des entrées a été déclinée, de A à Z en n'omettant aucune des lettres de l'alphabet. S'y côtoient donc : Angkor, British Museum, céramique, civilisation, détectoriste, Dieu, Gaulois, Il était une fois l'homme, Jones (Indiana), Lascaux, Néandertal, préfet, Rahan, sexe, Sutton Hoo, Taureau, trous (de poteaux), Xi'an, ZEE, et tant d'autres !

  • De A comme Aéroport (musique d') à Z comme Zelazowa Wola, Olivier Bellamy remonte le temps, de l'époque moderne au charme mystérieux des origines et de l'intime.
    L'auteur part à la recherche du vrai Chopin dans toutes les directions. D'où vient l'universalité de son langage ? Quelle influence a eu George Sand sur son oeuvre ? Aimait-il jouer en public ? Quels étaient ses plus proches amis ? Ses élèves préférés ? Ses pianos favoris ? Ses maîtres adorés ? Quels sont les écrivains et les peintres qui l'ont saisi le mieux ? Quels sont les compositeurs qu'il a influencés ? Qu'est-ce que le fameux rubato ? De quoi véritablement est-il mort ? Comment composait-il ?
    Le livre analyse avec clarté les plus grands chefs-d'oeuvre sans négliger les perles méconnues. Il fait le point sur ses meilleurs interprètes avec subjectivité et passion.
    Il ne fait pas l'impasse sur des sujets comme l'homosexualité ou son rapport avec les juifs. Il recense aussi ses voyages, ses logements à Paris, les monuments construits à sa gloire, les détournements de son oeuvre au cinéma, dans la chanson, le jazz et même le rap, qui vont du meilleur au pire.
    Jusqu'à son goût pour le chocolat et les bouquets de violette.
    Au bout du compte, un ouvrage réellement a-mou-reux.

  • « Je voudrais bien savoir, dit Molière, si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire ». Partant de ce constat, Metin Arditi examine d'une plume tendre les formes dans lesquelles s'incarne cet impératif de séduction : le goût du beau, le principe d'élégance, le sens de l'apparat, mais aussi le souci de légèreté, l'humour, l'art de la conversation, un attachement historique à la courtoisie, l'amour du trait assassin, la délicatesse du chant classique « à la française », un irrésistible penchant pour la théâtralité, l'intuition du bon goût, la tentation des barricades, une obsession du panache, et, surtout, une exigence de liberté. En un mot, le bonheur à la française.
    À l'heure où chacun s'interroge sur la délicate question de l'identité, ce dictionnaire rappelle que l'esprit français est, surtout, un inaltérable cadeau.
    Une lecture qui fait plaisir... et pousse à réfléchir.

  • Tintinophile averti, Albert Algoud a lu et relu chaque album du héros d'Hergé. La Castafiore n'a donc aucun secret pour lui.
    Jusqu'au jour où, face au Sceptre d'Ottokar, il se met à douter : et si la Castafiore n'était pas ce qu'elle semblait être ? Il se lance dans une enquête, dont il publie les premiers résultats en 2006. Mais la Castafiore n'avait pas livré tous ses mystères...
    Dans cette biographie humoristique et amoureuse, Albert Algoud retrace le parcours personnel, musical et historique d'une icône queer qui a côtoyé les plus grands, de Lawrence d'Arabie à Lou Reed en passant par Joséphine Baker et le général de Gaulle. Des péripéties qu'Alain Bouldouyre illustre avec légèreté et poésie.

  • La psychanalyse est l'une des aventures les plus fortes du XXème siècle, un nouveau messianisme, né à Vienne entre 1895 et 1900, au coeur de la monarchie austro-hongroise et inventé par des Juifs de la Haskala en quête d'une nouvelle terre promise : l'inconscient, la clinique des névroses et de la folie. Phénomène urbain, la psychanalyse est une révolution de l'intime, fondée sur l'actualisation des grands mythes de la Grèce antique. Elle annonce que l'homme, tout en étant déterminé par un destin, peut se libérer de ses chaînes pulsionnelles grâce à une exploration de lui-même, de ses rêves et de ses fantasmes. Une nouvelle médecine de l'âme ? Certes, mais aussi un défi au monde de la rationalité. Cette discipline étrange a été injuriée autant par les religieux fanatiques que par les régimes totalitaires ou les scientistes forcenés, soucieux de réduire l'homme à une somme de circonvolutions cérébrales. Mais elle a été aussi tristement adulée par ses adeptes qui ont souvent contribué à son abaissement à force de jargon.
    Pour ce Dictionnaire amoureux, j'ai adopté le style de la leçon de choses - classer, réfléchir, distinguer, nommer - afin d'éclairer le lecteur sur la manière dont la psychanalyse s'est nourrie de littérature, de cinéma, de théâtre, de voyages et de mythologies pour devenir une culture universelle. J'ai donc traversé des villes et des musées, rencontré des personnages et des thèmes qui me sont familiers et que j'aime particulièrement. De Amour à Zurich, en passant par Animaux, Buenos Aires, La conscience de Zeno, Le deuxième sexe, Sherlock Holmes, Hollywood, Göttingen, Jésuites, La lettre volée, Marilyn Monroe, New York, Paris, Psyché, Léonard de Vinci, etc., on trouvera ici une liste infinie d'expériences et de mots qui permettent de tracer l'histoire et la géographie de cette aventure de l'esprit en permanente métamorphose.

  • Dans nos contrées, Dieu est au singulier, absolu. Les dieux grecs et romains sont l'objet d'une curiosité nostalgique mais pour un tiers de l'humanité, les dieux sont bien vivants. En Inde, trois cents millions de dieux et de déesses forniquent et combattent avec une joyeuse frénésie ; en Afrique, génies, djinns, vodouns enracinent les humains à leur sol ; en Chine, un héros bâtisseur boite pour avoir sacrifié la moitié de son corps au fleuve Jaune... Je les aime depuis mon enfance et j'ai choisi celles et ceux que je préférais dans les cinq continents. J'aime les dieux parce qu'ils sont novateurs : ils pratiquent les procréations assistées, le changement de genre, le devenir animal. À regarder de près notre Dieu singulier, qu'il s'appelle Adonaï, Jésus ou Allah, les dieux soi-disant morts lui ont inoculé un peu de leurs substances. Dieu est mort ? Pas du tout. Les dieux non plus.

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