Heros Limite

  • Dernier recueil de poésie publié avant la mort de Jim Harrison, La positions du mort flottant (en anglais Dead man's float) est un livre qui aborde de front les grands thèmes de la mort, de la vieillesse, du Temps... Son titre fait référence à une position utilisée par les nageurs pour se préserver lors de longues courses. S'il s'agit bien d'une technique de survie - pour Harrison, celle qui lui permet d'affronter la maladie, les séances de chirurgie, mais aussi d'appréhender l'approche de la mort et la perception de son corps vieillissant, toujours plus faible - les poèmes, pourtant, font bien plus que flotter.
    Car Harrison trouve, par l'écriture, un moyen de transformer le négatif en une opportunité d'introspection, de retour à la vie - ce qui le rapproche encore et toujours de l'enfance, les souvenirs, et ce qui reste, encore, au quotidien, pour lui qui sait qu'il n'a plus d'avenir à construire. Alors que la mort approche, il se concentre sur les petites choses de son monde quotidien, sur les souvenirs toujours vivaces qui le séparent, à peine, de son enfance.
    Comme s'il pouvait toujours, "soixante-huit ans plus tard (...) habiter le corps de ce garçon sans penser au temps écoulé depuis". Et comme si la vieillesse, au final, ne faisait rien d'autre que rejoindre l'enfance.

  • Les murs de Fresnes Nouv.

    Les murs de Fresnes

    Henri Calet

    De retour à Paris à la Libération, Henri Calet intègre, dès novembre 1944, la rédaction du journal Combat où il est chargé de décrire, dans des chroniques pleines d'humour et de tendresse, la réalité de l'après-guerre. Les Résistants de l'intérieur, les prisonniers revenant d'Allemagne, les soldats alliés, les réfugiés étrangers, les déportés, les enfants et la population anonyme sont les personnages de ces textes, dont la plupart ont été rassemblés dans Contre l'oubli. Avec l'humanité qui le caractérise, Calet raconte l'âpreté d'un quotidien marqué par les divisions, les rationnements, la xénophobie et la précarité sociale.
    C'est en qualité de journaliste que Calet se rend, le 24 avril 1945, dans la prison de Fresnes afin d'y procéder au relevé des graffiti laissés par les prisonniers, résistants et militaires alliés, victimes de la répression nazie. S'il parcourt quelques cellules parmi le millier que compte l'établissement, c'est principalement sur la base du fichier mis en place par le Ministère des prisonniers de guerre et déportés qu'il rédige l'article « Ce que racontent les murs de Fresnes ». Publié dans le supplément magazine de Combat daté du 28-29 avril 1945, il annonce déjà la structure du livre à venir. Achevé en juillet 1945, Les Murs de Fresnes paraît en novembre aux Éditions des Quatre Vents. Ni livre d'historien, ni document d'archives à proprement parler, Calet élabore Les Murs de Fresnes comme « on érige un monument en souvenir ». L'écrivain s'efface derrière les écrits des détenus, simples indications, égrainage de dates et de noms, qu'il accompagne de commentaires pudiques. Sa présence discrète s'affirme néanmoins dans l'architecture de ce « monument » composé de dix-sept chapitres, agrémentés de quinze photographies et de dix fac-similés, qui délimitent un itinéraire précis.

  • La scierie

    Anonyme

    Le lendemain matin, je me lève à cinq heures trente, je pars à six heures quinze vers Huisseau. On est en septembre, le jour se lève à peine. Je vois des quantités de lapins dans le parc de Chambord. J'arrive à la scierie en avance. Tout est sombre sous le hangar. J'ai dans mes sacoches ma gamelle qui contient mon repas de midi. Le chauffeur bourre la chaudière et fait monter la pression. Je m'approche du four et je me chauffe. Il est sept heures moins dix. Tout le monde arrive tout à coup et se rassemble autour du four. Garnier arrive bouffi, il n'a pas fini de s'habiller, il sort du lit, il ne mange pas le matin. Après de brèves politesses, à sept heures moins cinq, il gueule : - Allez, graissez !

  • Une question lancinante traverse les écrits de John Berger : que voyons-nous du monde qui nous entoure, et comment pouvons-nous en rendre compte ?
    Poète, essayiste et critique d'art bien connu, John Berger s'est toujours gardé de se laisser enfermer dans des catégories. L'auteur se place en dehors des jeux de conventions et ses écrits sur l'art moderne lui valurent la méfiance des milieux académiques. Tout au long de sa carrière d'écrivain, il développera une pensée très personnelle en dehors de tout discours établi. Au coeur de sa vision réside l'importance de considérer l'art comme une composante inhérente du quotidien de tout un chacun.
    Dans Fidèle au rendez-vous, l'écrivain interroge le monde visible et lui demande de révéler ses secrets. L'ouvrage, qui réunit vingt essais publiés en 1991, est l'occasion pour Berger de creuser sa réflexion sur la manière dont l'être humain appréhende et interprète ce qu'il voit. Le point de départ de chaque essai est une rencontre, à la fois intime et révélatrice. Au fil des chapitres, l'auteur se retrouve face aux peintures de Velásquez, de Goya, de Renoir, mais interroge également celles de Pollock, les sculptures d'Henry Moore ou encore l'extraordinaire palais du facteur Cheval. Toujours attentif à placer les oeuvres et les artistes dans leur contexte, l'essayiste aborde à travers ces confrontations des questions aussi complexes que la montée et la chute des idéologies capitalistes et communistes, la sexualité, l'environnement et l'évolution, ou encore la nature du temps. Les textes interpellent, bousculent, questionnent. Ils nous encouragent à porter une attention accrue non seulement à ce qui nous entoure, mais également à la manière dont nous percevons les multiples rendez-vous - intimes, artistiques, imprévus - qui rythment nos vies. Une nouvelle façon, l'espère Berger, de nous faire réaliser la potentialité de chaque instant, et celle qui réside au fond de nous.

  • L'histoire de la médecine, pour l'essayiste, critique et homme de culture Jean Starobinski, est au croisement exact entre ses formations et ses intérêts de médecin, de critique littéraire et d'historien des idées et des sciences. Son Histoire de la médecine, parue en 1963 dans la Nouvelle Bibliothèque illustrée des sciences et des techniques, des éditions Rencontres, et jamais rééditée depuis, en est l'un des témoignages les plus marquants. Starobinski rêvait d'une histoire sans frontières, qui relierait les différents domaines du savoir, la littérature, les arts, les sciences, la philosophie, la médecine, une histoire dont il s'est montré l'un des spécialistes les plus éminents de son siècle.
    Avec cet ouvrage, il puise à ces différentes de ces disciplines, et met en évidence avec une remarquable cohérence la manière dont elles se sont nourries mutuellement dans l'élaboration, au fil des siècles, de la figure du médecin, de l'ensemble des moyens diagnostiques et thérapeutiques dont il dispose, et de la nature du lien qui l'unit au malade. Ce faisant, il nous invite tout à la fois à une philosophie portant sur les valeurs fondamentales de notre existence, et une prise de conscience critique de la médecine, suggérant que cette dernière « ne nous rendra plus heureux que si nous savons exactement ce qu'il faut lui demander. »

  • Poèmes

    Constantin Cavafy

    Traduit et présenté par Ange S. Vlachos, ce recueil rassemble les 154 poèmes écrits par Constantin Cavafy. L'ensemble de son oeuvre. Le célèbre poète grec nous emmène à travers eux en voyage, au sein de son art comme de son pays. Des Thermopyles à Sparte, d'Achille à Jason, c'est une bonne part de l'histoire, de la Grèce qui ressort au travers des pérégrinations littéraires de l'auteur, comme des vestiges du passé surgissant dans le présent.

  • Le présent recueil réunit les textes que Nicolas Bouvier a écrit sur la photographie entre 1965 et 1996. A de nombreuses occasions, l'auteur genevois avait parlé de son métier d'iconographe, notamment dans le petit livre Le hibou et la baleine, paru en 1993, mais sa réflexion sur l'acte photographique restait à découvrir. Jusqu'à ce jour, les écrits qu'il a dédié à ce sujet (préfaces, articles de presse, introductions à des catalogues d'exposition) restaient dispersés. Près de quarante textes se trouvent ainsi rassemblés ici. Parmis eux, certains relatent également son activité de « chercheur-traqueur d'images », qui aura été son gagne pain durant près de trente ans. Il nous a paru intéressant de les reprendre ici, d'autant plus que quelques-uns de ces textes sont totalement inconnus et n'ont jamais été republiés.
    Photographe à ses débuts (par nécessité), portraitiste (par accident), chroniqueur (« aliboron ») : la photographie est une constante dans le parcours de l'écrivain voyageur. Nicolas Bouvier s'intéresse à la photographie parce qu'il entretient un rapport passionnel à l'histoire de l'estampe. Les images qu'il affectionne n'appartiennent jamais à la « grande » peinture classique mais toujours à l'art populaire. Dans les textes qui composent ce recueil, il est beaucoup question de ses tâtonnements : l'important pour l'écrivain étant d'élaborer une esthétique de l'effacement puis de se « forger une mémoire iconographique ». Il tirera son enseignement de ses nombreux voyages et des recherches infatigables dans les bibliothèques du monde entier.

  • Ce qui reste de nous

    Fabienne Raphoz

    Avec Ce qui reste de nous, Fabienne Raphoz continue à creuser son sillon tout en se renouvelant. Depuis toujours attentive à la beauté et à la fragilité du vivant qu'elle s'ingénie à rendre dans sa poésie, elle cherche dans ce nouveau livre à dépasser la tension de son précédent recueil, entre hymne et élégie, tension que l'utilisation de l'espace dans la page vise aussi à traduire. Le temps nous étant compté, à nous individus comme peut-être à nous, espèce humaine, il importe de voir, d'entendre et de louer ce à quoi nous tenons, ce à quoi nous sommes intimement liés sur l'échelle des temps. La poète nous convie aussi bien sur le terrain, dehors - où l'émergence d'une libellule, le regard d'un renard nous ravit, invite, comme une rencontre simple et directe -, que dans nos mémoires.

    Suivant l'injonction de Marlen Haushofer : « Aussi longtemps qu'il y aura dans la forêt un seul être à aimer, je l'aimerai, et si un jour il n'y en a plus, alors je cesserai de vivre », consciente de ce « sursis d'aurore » qui nous est encore offert, Fabienne Raphoz partage ce « sens de la merveille » que l'on attribue, souvent, aux seuls enfants. Ce livre, conçu en cinq mouvements, s'emploie à retrouver ce lien perdu.

  • Après les cendres

    Benoit Damon

    Divisé en huit parties, Après les cendres peut se lire comme une chronique de deuil, tenue quatre années durant. L'auteur y interroge la disparition de la figure du père. « Écrire, c'est avoir la mort au bout de la langue. » Emprunté à Michel Schneider, cet exergue donne le la aux brefs chapitres d'un récit autobiographique fragmenté. Regard ironique et humour noir y font souvent pièce à la douleur commune : ils éclairent, subvertissent la part sombre des événements.
    Par fidélité à une mémoire ancienne, certains lieux se détachent de l'épaisseur du temps ; ils bornent un territoire personnel et dessinent une géographie intime. Une filiation se dessine alors - mais en creux. Une transmission opère - mais par défaut. Une reconnaissance apparaît - mais grevée par le remord.
    Une fratrie s'y esquisse - mais trouée par la dispersion. Bref, l'ordre naturel des choses suit son petit bonhomme de chemin. Et Benoît Damon arpente, avec une légèreté d'observateur attentif aux moindres faits, le plus grand cimetière de la ville jusqu'à découvrir ce qu'il ignorait y chercher. Entretemps, deux baudruches tombées du ciel, chacune porteuse d'un message espérant une réponse, sembleront lui avoir été expressément adressées par-delà une frontière invisible. Mais laquelle au juste ? Peut-être bien celle qui relie, plus qu'elle ne sépare ou divise, les morts des vivants ; et les hommes des enfants qu'ils furent hier, jusqu'à ceux d'aujourd'hui.

  • Rêver à la Suisse

    Henri Calet

    Selon le Littré, rêver à la suisse, c'est « avoir l'air de penser à quelque chose, et ne penser à rien ». Henri Calet se joue de la polysémie et adopte la formule pour ce petit recueil de chroniques achevé d'imprimer en décembre 1948 - année de parution chez Gallimard de l'emblématique Le tout sur le tout avec lequel il manque de peu le Goncourt.
    Rêver à la Suisse est pourtant bien un livre sur la Confédération Helvétique, « ... le pays où l'on meurt en cueillant des edelweiss ». Sortie de la guerre, la France est en liesse. Calet choisit lui de se rendre en Suisse pour quelques brefs séjours. L'écrivain tient un journal, observe avec distance et malice. Ces récits fragmentaires, véritables prouesses stylistiques, sont des reportages insolites sur un pays resté « neutre et prospère » qui lui parait tout de même très étranger !
    Avec candeur ou ironie, Calet s'attarde sur mille détails, la qualité des marchandises, la politesse des commerçants, l'abondance des distributeurs automatiques et la facilité avec laquelle il est possible de se procurer des cigarettes. L'écrivain se montre toujours bienveillant, il sourit avec nostalgie : en temps de paix comme en temps de guerre, la vie est bien dérisoire !

  • Tout au long de ces pages, par le prisme de la littérature, une femme nous parle de son métier, l'enseignement, mais aussi de sa vie quotidienne et de ses rencontres. Hélène Sevestre décrit son métier d'enseignante au plus proche et à même les choses, à même les gens. Elle évoque aussi les temps hors du travail, son lien au monde, ses amis et les paysages qui l'entourent. Recension autobiographique sous la forme d'un journal, la narration que l'on découvre nous renvoie à l'art du tressage. Dans un perpétuel entrelacement, l'auteure joue avec les matières et les sensations les plus simples.

  • Dernier ouvrage d'Adolfo Bioy Casares, publié peu de temps avant sa mort en mars 1999, Des choses merveilleuses regroupe des essais très personnels où l'auteur argentin aborde sur le ton de la confidence quelques-uns de ses sujets de prédilection : l'amour et les femmes, les voyages et les livres, la correspondance, sa passion pour la littérature italienne, l'humour.
    Dans un style fluide et très plaisant, Bioy Casares livre réflexions et souvenirs intimes à propos de thèmes connus ou d'expériences vécues par la plupart d'entre nous, nourrissant son propos d'exemples qui apparaissent autant de sujets de nouvelles ou de romans encore à écrire. Cet opus qui pétille d'intelligence et de saine ironie offre au lecteur l'occasion d'entrer dans une sorte de commerce littéraire avec l'auteur de L'Invention de Morel. À la fois gais et anecdotiques, ces délectables et menus récits nous offrent quelques belles « fantaisies », au sens musical du terme, d'un des plus grands auteurs argentins du XXe siècle. Si paradoxal que cela puisse paraître, ce dernier texte de Bioy Casares, encore inédit en français, pourrait constituer pour de nombreux lecteurs une formidable porte d'entrée dans l'oeuvre de l'auteur.

  • La Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix est écrite durant l'été 1938, entre le début juillet et la mi-août. Jean Giono la rédige dans une atmosphère de bouleversement. En pacifiste convaincu il sait que depuis l'Anschluss les Français se préparent de plus en plus à la guerre et sont prêts à la faire. Son intention n'en est que renforcée?: «?Continuer à combattre, écrit-il le 16 mars dans son journal, contre le militarisme et forcément commencer par lutter contre celui de ma patrie.?» Or abattre la guerre, c'est abattre l'État, quel qu'il soit.
    Cet éloge de la pauvreté et de la paix nous force à nous retourner sur la figure du paysan, mais aussi à questionner une société occidentale se donnant en modèle et refusant de fait toute contestation.

    Recevoir cette lettre et la lire c'est un peu devenir paysan soi-même, c'est regagner le droit d'être libre et autonome.

  • En observateur subtil de la culture judéo-allemande de son époque, Joseph Roth dépeint le destin d'une famille juive en Europe de l'Est, que les événements forcent à émigrer en Amérique. Mendel Singer, un pauvre maître d'école, « pieux, craignant Dieu et ordinaire » - personnage on ne peut plus dépourvu de singularité - se voit contraint de quitter sa Galicie orientale à la recherche d'un avenir un peu plus serein pour lui et les siens. S'il souhaite avant tout sauver sa fille Mirjam de la damnation - elle qu'il surprend avec des Cosaques-, s'il veut retrouver son fils Schemarjah - lui qui a déjà fui vers le Nouveau Monde, où il se fait appeler Sam -, ses misères personnelles sont avant tout le reflet d'un monde ébranlé par l'instabilité politique et l'antisémitisme croissant.
    Roman d'exil qui tend au tragique (c'est la destinée de tout un peuple qui se lit en filigrane du drame familial et personnel de Mendel Singer), Job, roman d'un homme simple est écrit dans un style simple mais puissant. S'il emprunte parfois au Livre de Job dont il s'inspire, c'est pour renforcer son caractère exemplaire, c'est pour accentuer les souffrances d'un personnage qui en vient peu à peu à douter de son Dieu... Et pour confirmer le talent littéraire hors-pair de Joseph Roth.

  • Écrit à tout juste 18 ans, La Ravine est un roman remarquable où la terre tient un rôle aussi important que les hommes qui la travaillent avec acharnement.
    La nature est sauvage, dense, les coutumes à tel point établies qu'elles imprègent les vies de chacun - parfois de façon douloureuse. Dans cette atmosphère paysanne d'isbas et de forêts de bouleaux, des amitiés et des amours se nouent, des rencontres se font, des vies se brisent. La boisson coule et l'entraide est toujours présente.
    Les phrases, courtes, descriptives, confèrent à ce texte une force poétique intense.
    Publié en 1916 dans une revue de Petrograd, La Ravine a été traduit en français pour la première fois en 2008. Publié cette année-là par les éditions Harpo &, le livre est aujourd'hui épuisé.
    Depuis toujours, les éditions Héros-Limite portent une attention particulière aux oeuvres russes, proposant des traductions et rééditions de livres importants tels que ceux de Friedrich Gorenstein, Daniil Harms ou Panteleïmon Romanov. La réédition du seul roman d'Essénine trouve ainsi naturellement sa place dans notre collection petit format feuilles d'herbe.

  • Originaux et provocants, les écrits de John Berger sur la photographie font partie des textes les plus révolutionnaires du 20e siècle. Ils analysent les oeuvres de photographes tels qu'Henri Cartier-Bresson et Eugene Smith avec un mélange d'intensité et de tendresse, tandis qu'ils sont toujours portés par une implication politique réelle. À leur manière, chacun des ces essais tente de répondre à la question suivante : comment regardons-nous le monde qui nous entoure ?
    Regroupant des textes issus de catalogues d'artistes, expositions, articles, etc., Comprendre une photographie est un voyage à travers les oeuvres de photographes divers, d' André Kertész à Jitka Hanzlová, en passant par Marc Trivier, Jean Mohr ou Martine Franck. Certains des articles regroupés ici ont déjà fait partie de choix de textes de John Berger publiés notamment aux éditions de L'Arche, Champ- Vallon ou Le Temps des Cerises, tandis que d'autres sont traduits en français pour la première fois. La présente sélection reprend l'édition anglaise intitulée Understanding a Photograph, établie par Geoff Dyer et publiée en 2013 chez Penguin Books.
    « La photographie, pour ces quatre auteurs [ Roland Barthes, Walter Benjamin, John Berger et Susan Sontag ], a un intérêt particulier, mais ce n'est pas une spécialité.
    Ils approchent la photo non avec l'autorité de curateurs ou d'historiens du médium mais comme essayistes, comme écrivains. Leurs textes sur le sujet ne sont pas tant les produits d'un savoir accumulé que la consignation active du mode ou processus d'acquisition et de compréhension d'un savoir. » Geoff Dyer, extrait de l'introduction à Comprendre une photographie

  • En 2010, les éditions Héros-Limite ont publié Poèmes, de Constantin Cavafy. Sur cet auteur discret, pourtant considéré comme l'un des plus grands poètes grecs de ces cent-cinquante dernières années, peu de choses sont connues. Malgré une oeuvre abondamment commentée, une partie de sa biographie restait encore relativement mystérieuse. Qui mieux qu'un romancier de talent, au parcours parfois étrangement similaire à celui de Cavavy, pour nous dire la vie de ce poète ? Qui d'autre qu'un écrivain lui-même poète pour traduire la sensibilité et d'un homme, et d'une oeuvre ? Personnage atypique lui aussi du fait de son relatif excentrement littéraire, Robert Liddell semblait tout désigné à accomplir cette tâche.

  • Militant anarchiste, Paul Reclus n'a eu de cesse, au cours de sa vie, d'exposer ses idées à travers de nombreux articles et de son activité d'enseignement.
    L'établissement d'une commune libertaire, esquissée dans nombre de ses textes, se fonde sur une réflexion apronfondie autour du travail, de l'éducation, de la réforme des « pensées séculaires des paysans », revenant sur des questions de propriété, suggérant des modes d'action et d'organisation de la société à partir de cellules de base.
    Les textes d'Élisée Reclus inclus dans le volume s'attachent eux aussi à penser une nouvelle organisation sociale à travers les questions de la terre, du travail du sol et de la propriété.
    Poursuivant le travail de réédition des écrits des frères Reclus entamé il y a dix ans déjà, Plus loin que la politique introduit un nouvel auteur dans le corpus :
    Paul Reclus, fils d'Élie et neveu d'Élisée. Cet ouvrage réunit un ensemble d'articles parus dans la revue Plus loin, un texte paru dans « Les Temps nouveaux », ainsi que d'un texte écrit par Élisée Reclus. Collectés par Alexandre Gillet, qui dirige la collection géographie(s) aux éditions Héros-Limite, ces textes permettent d'appréhender la vision radicale de Paul Reclus sur le monde, la politique, le travail, la communauté, le travail agricole, etc.

  • Manuscrit corbeau

    Max Aub

    Un mystérieux corbeau au prénom biblique et à l'attitude prophétique, Jacob, tente de décrire et de comprendre les moeurs et les coutumes de l'être humain (« cet animal qui s'enrhume »).
    Et plus encore que de s'intéresser simplement à la société humaine, l'oiseau au bec dur et à la plume noire observera la vie dans le camp de concentration du Vernet, situé sur le bord de la route Nationale 20, au nord de Pamiers en Ariège.
    Dès 1939, suite la défaite de la République espagnole, furent emprisonnés dans ce camp d'internement français 12 000 combattants espagnols de la Division Durruti. A la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, les étrangers « indésirables », les intellectuels antifascistes, les membres des Brigades internationales furent également internés au Vernet dans des conditions terribles. Elles seront décrites par l'écrivain Arthur Koestler - lui-même interné au Vernet d'octobre 1939 à janvier 1940 - dans La Lie de la terre.
    A partir de 1942, transitent par le camp les juifs arrêtés dans la région, par l'administration de Vichy dans un premier temps, puis par les Allemands. En juin 1944, les derniers internés sont évacués et déportés à Dachau. Au total environ 40 000 personnes de 54 nationalités y ont été internées, principalement des hommes, mais des femmes et des enfants également.
    Max Aub fut interné au Vernet entre 1940 et 1941 puis déporté à Djelfa jusqu'en 1942. Tel un petit traité, au-delà de cette terrible expérience, ce récit permet à Max Aub de retracer avec un humour glaçant, avec ironie et sarcasme, le comportement des hommes et le destin tragique de la condition humaine. Max Aub en a publié une première version dans la revue Sala de Espera, en 1949 et 1950, puis une seconde version modifiée, en 1955. C'est la traduction de cette dernière que nous proposons ici.

  • Sans être un éducateur proprement dit, Élisée Reclus peut-être considéré comme une figure-clé de l'éducation libertaire et de la création d'écoles « libérées » et d'universités populaires entre le 19e et le 20e siècles. Son intérêt pour l'éducation traverse toute son oeuvre, et si les textes explicitement dédiés à cette question sont assez rares, sa langue même en fait un passeur de savoir formidable. Très largement diffusés, ses écrits vont littéralement ouvrir toutes les portes. Pour Reclus, le savoir permet non seulement de se construire, mais aussi de s'appartenir.
    C'est selon lui à travers l'étude et l'observation de notre milieu que les contours de notre existence et de notre condition terrestres apparaissent le plus distinctement.
    La personne humaine ne peut se connaître hors de son appartenance à la nature. Plutôt que d'opposer culture et nature, il choisit volontairement de les penser ensemble. « L'homme, écrira-t-il en tête de son dernier ouvrage, est la nature prenant conscience d'elle-même ».
    Cet intérêt est largement partagé dans son cercle d'amis. Pierre Kropotkine et Charles Perron proposent eux aussi une éducation géographique en actes, une approche directe et complète du monde entièrement dédiée à la découverte d'un lieu non borné.
    A l'heure où les repères proprement géographiques se brouillent, les écrits d'Élisée Reclus et de ses collaborateurs réunis dans La joie d'apprendre rappellent avec une insistance bienvenue que tout commence ici, autour de nous, dans cet espace de connivence entre lieu et monde, entre expérience et savoir. Sachant que savoir c'est enseigner, et qu'enseigner c'est rendre ce qui nous a été donné.

  • Au fond, les Pyrénées, je n en ai rien à faire. Voici déjà deux mois que je circule à pied ou en voiture d une localité à l'autre-pourquoi ? Qu'est-ce que cela signifie ? Pour demain, j'ai sur mon agenda une visite fatigante, et en plus il me faut lire à ce sujet deux livres anciens. Peut-être qu'ils sont à la Bibliothèque Nationale ? ... Tout cela est ridicule. Et la vitre est froide.

  • Les deux bouts

    Henri Calet

    En 1953, on commande à Henri Calet une série de reportages sur des gens de condition modeste vivant à Paris ou sa proche banlieue. Réunie sous le titre Un sur cinq millions, cette galerie de portraits hauts en couleurs paraît dans Le Parisien Libéré de mai à juin 1953.
    Henri Calet donne notamment la parole à un chauffeur de taxi, à une femme de ménage, un concierge, un ouvrier spécialisé... Cette série de rencontres agit comme une série de petites nouvelles. Elles sont un témoignage d'une qualité exceptionnelle sur les conditions de vies des petites gens, sur la réalité et les transformations du travail dans le monde contemporain.
    Réunie sous le titre Les deux bouts, la série de reportages paraît en 1954 chez Gallimard, dans la collection « L'Air du Temps », dirigée par Pierre Lazareff. Cet ouvrage remarquable, qui n'a curieusement jamais été réédité depuis sa parution.

  • Billets pour un moulin à prière est un livre de poèmes traduit ici pour la première fois en français. Ce recueil a été publié chez de nombreux éditeurs américains (University of Missouri Press, 1974 ? ; New York, Bantam, 1975 ? ; New York, Harper Colophon, 1986 ? ; Middletown, Connecticut ? ; Wesleyan University Press, 2002). Billets pour un moulin à prière est une méditation et une quête spirituelle ? : celle de la jeune Annie Dillard, qui se fraie un chemin de pensée dans l'observation du monde qui l'entoure.
    Ce monde transparaît dans les mots qu'elle agence, dans les visions qu'ils produisent et dans les sensations qu'ils sucitent, par petites touches, intenses et fragiles. L'étude des minéraux, des insectes, des animaux, des êtres humains et de leur manière d'habiter le monde nourrissent cette écriture sensuelle et pensive.

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