Liana Levi

  • Vania, Vassia et Sonia, la fille de Vassia, les trois personnages de ce flamboyant roman, sont en quête d'un avenir qui les réconcilie avec leur passe´ de Cosaques. Cependant chacun lit cet avenir sous un angle différent: s'intégrer en France avec un impeccable parcours, rester russe tout en défendant la République française, reprendre coûte que coûte le combat contre Staline, quitte a` se ranger du côté des nazis...

  • À Paris, au Moyen Âge, un bâtiment singulier borde la rue de l'Ave Maria, dans le Marais : le grand béguinage royal, fondé par saint Louis. Dans ses murs, vit une communauté de femmes hors normes. Veuves ou célibataires, nobles ou ouvrières, elles peuvent étudier, travailler, circuler librement dans la cité. Mais en 1310, la sérénité du béguinage est troublée par l'exécution en place de Grève de Marguerite Porete, une béguine de Valenciennes brûlée vive pour avoir écrit un livre qui compromet l'ordre établi... C'est là que commence le roman, alors que le royaume de Philippe le Bel amorce son déclin et que les persécutions contre les Templiers se multiplient. Ysabel, responsable de l'hôpital, vit là depuis vingt ans lorsque la jeune et rousse Maheut s'y réfugie. Celle-ci fuit des noces imposées par son frère, et la traque d'un inquiétant moine franciscain. Son arrivée est mal accueillie par la majorité des femmes du clos : les cheveux roux ne sont-ils pas l'oeuvre du Diable ? Dame Ade, qui aspire à se tenir en retrait du monde depuis la mort de son mari, regarde elle aussi avec méfiance la nouvelle venue. Ysabel est obligée de cacher sa protégée ailleurs dans la cité... Ce n'est que le début d'un saisissant suspense qui nous emmène dans une époque charnière d'une étonnante actualité.

  • Em

    Kim Thúy

    La vérité de cette histoire est morcelée, incomplète, inachevée dans le temps et dans l'espace. Elle passe par les colons implantés en Indochine pour y exploiter les terres et les forêts. Par les hévéas transplantés et incisés afin de produire l'indispensable caoutchouc. Par le sang et les larmes versés par les coolies qui saignaient les troncs. Par la guerre appelée «du Vietnam» par les uns et «américaine» par les autres. Par les enfants métis arrachés a` Saigon par un aigle volant avant d'être adoptés sur un autre continent. C'est une histoire d'amour qui débute entre deux êtres que tout sépare et se termine entre deux êtres que tout réunit; une histoire de solidarité aussi, qui voit des enfants abandonnés dormir dans des cartons et des salons de manucure fleurir dans le monde entier, tenus par d'anciens boat people.
    Avec ce livre, Kim Thu´y nous découvre, au-delà des déchirements, l'inoubliable pays en forme de S qu'elle a quitté en 1975 sur un bateau.

  • Louise a enfin rencontré l'homme idéal, intelligent et attentionné. Carlos a quitté l'Espagne pour exercer le métier de sage-femme à Paris. Il n'y aurait pas la moindre ombre entre eux si, la nuit, il ne devenait violent et ne parlait en dormant (en espagnol et avec véhémence) ; au matin, il dit ne se souvenir de rien. Que cache sa somniloquie ? Pour en avoir le coeur net, un soir, à son insu, Louise dispose près de son oreiller un enregistreur. La matière des cauchemars collectée, compilée, traduite, analysée quotidiennement avec son amie Jeanne la place face à une évidence troublante : Carlos ressasse une scène qui semble l'impliquer. Les indices sur la victime, les lieux, les récriminations échangées avec ses complices sont sans équivoque. Le rêve récurrent d'un crime fait-il du dormeur un suspect ? Les deux femmes décident de mener l'enquête sur place, en Espagne. À Marbella, elles se mettent à écumer les bars mal famés des bas quartiers, une photo de Carlos à la main. Elles ne passeront pas inaperçues, et les choses prendront vite une tournure menaçante.

  • Le syndrome de l'enfant parfait ? Roxane a intégré depuis toujours les exigences de ses parents. L'excellence et la performance lui sont des impératifs naturels. Pourtant, depuis la rentrée en classe de première, rien ne va plus, ni les notes, ni l'amitié, ni les amours, ni l'apparence physique. Pour soigner l'acné qui enflamme son visage, elle n'a d'autre recours que de solliciter un ancien ami de son père, François, devenu médecin. Avec son verbe franc, direct, slamé, elle raconte la pression scolaire, la perte de confiance en soi, la peur de décrocher et l'incompréhension des adultes. Autour d'elle, personne ne voit venir le drame. De ce qui est arrivé à Roxane, François devra répondre.

  • Brune a grandi au-dessus du Catulle, le café parisien de ses « grands- mères », Douce et Granita, qui l'ont élevée après la mort de Rose, sa mère.
    À l'époque, les soeurs Rigal - deux sacrées bonnes femmes - servaient jusqu'à deux cents repas par jour. Comme chez la plupart des limonadiers aveyronnais de Paris, les mots « vacances » et « loisirs » y étaient bannis.
    L'été, elles envoyaient la petite Brune dans leur Aubrac natal, une terre à la fois chérie et détestée. Brune n'y est pas retournée depuis plus de vingt ans. Mais juste avant de mourir, Douce lui a demandé d'être inhumée sur le plateau, au pays des forêts d'épicéas et des lacs argentés, des steppes brûlées et des vaches caramel, dans l'infini brumeux balayé par l'écir, ce vent de tempête qui souffle comme un mauvais sort... Accompagnée de Granita, Brune découvre un monde à part où se mêlent tradition et modernité.
    Et peu à peu, les secrets de la famille Rigal surgissent des tourbières, les « hautes boues » de l'Aubrac, Alto Braco en occitan.

  • Benjamin Grossman veut croire qu'il a réussi, qu'il appartient au monde de ceux auxquels rien ne peut arriver, lui qui compte parmi les dirigeants de BeCurrent, une de ces fameuses plateformes américaines qui diffusent des séries à des millions d'abonnés. L'imprévu fait pourtant irruption un soir, banalement: son téléphone disparaît dans un bar-tabac de Belleville, au moment où un gamin en survêt le bouscule. Une poursuite s'engage jusqu'au bord du canal Saint-Martin, suivie d'une altercation inutile. Tout pourrait s'arrêter là, mais, le lendemain, une vidéo prise à la dérobée par une lycéenne fait le tour des réseaux sociaux. Sur le quai, les images du corps sans vie de l'adolescent, bousculé par une policière en intervention, sont l'élément déclencheur d'une spirale de violences. Personne n'en sortira indemne, ni Benjamin Grossmann, en prise avec une incertitude grandissante, ni la jeune flic à la discipline exemplaire, ni la voleuse d'images solitaire, ni les jeunes des cités voisines, ni les flics, ni les mères de famille, ni les travailleurs au noir chinois, ni le prédicateur médiatique, ni même la candidate en campagne pour la mairie. Tous captifs de l'arène: Paris, quartiers Est.
    Négar Djavadi déploie une fiction fascinante, ancrée dans une ville déchirée par des logiques fatales.

  • L'enfance de Pia, c'est courir à perdre haleine dans l'ombre des arbres, écouter gronder la rivière, cueillir l'herbe des fossés. Observer intensément le travail des hommes au rythme des saisons, aider les parents aux champs ou aux vaches pour rembourser l'emprunt du Crédit agricole. Appartenir à une fratrie remuante et deviner dans les mots italiens des adultes que la famille possède des racines ailleurs qu'ici, dans ce petit hameau de Charente où elle est née. Tout un monde à la fois immense et minuscule que Pia va devoir quitter pour les murs gris de l'internat. Et à mesure que défile la décennie 70, son regard s'aiguise et sa propre voix s'impose pour raconter aussi la dureté de ce pays qu'une terrible sécheresse met à genoux, où les fermes se dépeuplent, où la colère et la mort sont en embuscade. Une terre que l'on ne quitte jamais tout à fait.
    Paola Pigani déploie dans ce roman, sans aucun doute le plus personnel, une puissance d'évocation exceptionnelle pour rendre un magnifique hommage au monde paysan et aux territoires de l'enfance.

  • Il y a toujours moyen de s'arranger avec la réalité chez les gangsters. À condition de respecter le code d'honneur, on peut même mener une vie formidable ! C'est en tout cas ce que Leone Acampora, vieux mafioso grenoblois, a enseigné à sa famille. Michèle et ses deux filles ont donc appris à fermer les yeux lorsqu'elles trébuchaient sur un cadavre ou une valise de cocaïne dans leur joli salon en marbre. Et si, aujourd'hui, Dina a parfois mauvaise conscience, elle espère se racheter en travaillant dans l'humanitaire. Quant à Alessia, pharmacienne inspirée, elle a pas mal d'idées pour moderniser le business paternel. Ainsi va la vie chez les femmes Acampora, entre coups de fusil à pompe et séances de tai-chi. Jusqu'à ce que le vieux Leone perde les pédales. Car avant de mourir, il a laissé une dernière instruction : lancer un tueur à gages aux trousses de sa femme... L'occasion pour les mafieuses de déboulonner un vieux monde machiste et ringard.
    Subtilement féministe, délicieusement féroce, Pascale Dietrich bouscule les codes pour teinter de rose le roman noir.

  • L'objet brillant est sagement posé sur la table de nuit. Seren devrait prêter attention à son père, étendu sous le drap: sa mort vient de les surprendre tous, elle et ses frères, sa mère et ses grands-parents, mais c'est la cuillère en argent ciselée qui la retient: elle ne l'a jamais vue dans la vaisselle de l'hôtel que gère sa famille au Pays de Galles. À l'aube de ses dix-huit ans, la jeune fille pourrait sombrer, mais les circonstances aiguisent sa curiosité. L'énigme que recèle l'objet, avec son inscription incisée, la transporte. Elle se met à dessiner passionnément (la cuillère) et à observer toute chose de son regard décalé. Un premier indice sur sa provenance la décide à traverser la Manche, à débarquer en France et, au volant de la Volvo paternelle, à rouler. La cuillère pour boussole.
    Beaucoup d'égarement, une bonne dose d'autodérision et un soupçon de folie l'aideront, dans son road-trip loufoque, à se confronter à ce peuple étrange qui confond Gallois et Gaulois, avant de découvrir en Bourgogne un château chargé d'histoire(s).

  • Septembre 1884. Nézida est revenue à la Calade, dans ce hameau perché au-dessus de la vallée de Dieulefit, aux confins de la Provence et du Dauphiné.
    Elle vient d'accoucher de son premier enfant, une fille. La vie aurait dû s'épanouir, elle la quitte, et la mort menace déjà l'enfant dans les langes.
    La bise noire souffle sur ce coin de terre aride où s'accrochent depuis des siècles des familles de paysans et de manufacturiers protestants. Dans le silence épais des dernières heures, autour de la jeune femme très faible, se mettent à se souvenir et à parler tous ceux qui l'ont aimée, qui l'ont connue, sa mère, ses frères, sa belle-mère, les Soubeyran, Antonin son mari, son instituteur, et ses deux amies... À tous elle a imprimé la marque de la liberté, de la passion et de l'indépendance. Elle avait réussi à s'instruire et à enseigner, à quitter la ferme et ses travaux, elle avait attendu l'homme qui lui plaisait pour se marier, et choisi de vivre à la ville. Elle savait enfin qu'elle s'inscrirait dans une école pour devenir l'une des premières infirmières...
    Rien n'aurait dû l'arrêter dans son émancipation.
    Nézida est l'histoire de la jeune femme au prénom unique, née Cordeil, épouse Soubeyran. Elle a existé. Valérie Paturaud a retrouvé sa trace ténue, presque effacée, dans des archives familiales. Le roman toujours répare l'oubli, et l'injustice de l'oubli.

  • Une nuit d'octobre, c'est sur la rive turque du Meriç, le fleuve-frontière qui sépare l'Orient de l'Europe, qu'une mystérieuse narratrice arrête son regard. Et plus précisément sur l'homme épuisé qui, dans les buissons de ronces, se cache des soldats chargés d'empêcher les clandestins de passer du côté grec. Car celui qui s'apprête à franchir le Meriç est un nafar : un sans-droit, un migrant. Retraçant pas à pas sa périlleuse traversée, la narratrice émaille son récit d'échappées sur cette région meurtrie par l'Histoire et sur le quotidien de tous les Syriens qui, comme l'homme à la veste bleue se préparant à plonger, cherchent coûte que coûte un avenir meilleur loin de la dictature de Bachar al-Assad. Elle est celle qui témoigne des combines et des faux départs, imagine ce qu'on lui tait, partage les doutes et les espoirs.
    Dans ce premier roman bouleversant d'émotion retenue, Mathilde Chapuis nous conduit au plus près des obsessions de tous ceux qui n'ont d'autre choix que l'exil.

  • Un beau matin a` la fin de l'hiver, dans les couloirs d'un établissement scolaire américain, des bruits semblables a` des tirs d'arme a` feu résonnent subitement. Alerte´, l'officier responsable de la surveillance, Wayne Chambers, accourt sur les lieux, mais demeure fige´ a` proximité du bâtiment, derrière la porte ou` semblent se produire les déflagrations. Tétanisé, il hésite a` en franchir le seuil. Doutes sur la provenance des balles? sur la conduite a` tenir? peur? Quand la fusillade prend fin, il n'est pas entre´ dans les classes ou` sont étendus les corps de quatorze jeunes élèves, mais déjà réseaux sociaux et chaînes d'info s'emballent: la machine médiatique affûte ses armes. Une machine au service des voyeurs de l'actualité, des donneurs de leçon et des aspirants justiciers qui entendent s'ériger en tribunal populaire et faire un sort a` cet homme que rien ne pouvait préparer a` devenir un héros.

  • Ahmed est le shérif d'un comté blotti au pied d'une forêt profonde que menace la multiplication des scieries. Ici, tout le monde semble s'en accommoder, sauf une bande d'illuminés déguisés en arbres. Ils campent dans les champs des fermiers, organisent en ville des happenings spectaculaires pour rallier les néo-ruraux à leur cause. Ahmed et ses adjoints sont chargés de les déloger. Quelque chose semble s'être détraqué depuis leur arrivée.
    Est-ce leur présence ou la chaleur brûlante de l'été ? La belle Maria et son fils sont plus distants que jamais. La forêt recrache en lisière les dépouilles d'animaux mutilés. Et lorsqu'on s'en approche, des yeux semblent vous épier. Traçant sa piste au plus profond des taillis, Ahmed tentera d'y voir clair. Mais dans les bois si denses, la lumière peine à se frayer un chemin.
    Un roman original et percutant qui réveille la part de mystère et de sauvagerie qui sommeille en chacun de nous ainsi qu'un sentiment enfoui d'appartenance à la nature.

  • Et ils dansaient le dimanche Nouv.

    Arrivée à Lyon un jour de 1929, Szonja n'a aucune idée de ce qui l'attend.
    Si elle est montée dans le train, c'était pour suivre sa cousine et fuir une Hongrie sans avenir. Sa vie est immédiatement happée par la production de viscose, qui bat son plein et réclame de la main-d'oeuvre : en France, les femmes apprécient cette nouvelle « soie » bon marché. La SASE pourvoit à l'existence de chaque recrue : une place à l'usine, une chambre à l'internat, la chapelle et quelques commodités, un maigre salaire. Postée plus de dix heures par jour à l'atelier, surveilelant la transformation de la matière visqueuse en fil dans les vapeurs chimiques, elle résiste, passivement, mais aussi grâce à Elsa, la fortunata, qui la soustrait à l'enfermement et bientôt à la violence de Jean, épousé à la va-vite. Grâce à elle, elle est peu à peu adoptée par un groupe d'Italiens actifs. Le dimanche, la petite troupe sait faire la fête : on grille les poissons pêchés dans la rivière, on danse. On parle politique aussi. Depuis février 1934 et les licenciements, les manifestations donnent l'occasion de se retrouver à Lyon dans les cortèges. Sonja comprend qu'elle ne peut faire défaut aux camarades, ni à Marco dont elle a éveillé les sentiments, ni au Front populaire qui se renforce. L'issue, c'est leur horizon collectif et solidaire.

  • Les étoiles les plus filantes Nouv.

    En juin 1958, une équipe de tournage débarque à Rio de Janeiro. Dans les quartiers pauvres accrochés aux mornes se répand la nouvelle d'un drôle de casting : on recherche de jeunes comédiens amateurs noirs. À son adaptation de la pièce de Vinícius, réécriture du mythe d'Orphée et Eurydice, Aurèle Marquant a l'intention de donner pour cadre une favela vibrante de tragédie et de joie. Projet modeste et démesuré : en Gipsy, danseuse américaine métis échouée à Paris, il a reconnu son Eurydice et l'a épousée. Maintenant sur place, il lui faut débuter le tournage. Breno, footballeur au chômage, sera Orphée ; Eva, comédienne martiniquaise, et Norma, coiffeuse ambitieuse, seront les deux autres visages féminins.
    Les décors se montent, les acteurs s'apprivoisent. Dans cette aventure cinématographique, il y va de quelque chose d'existentiel : l'amour et un avenir ouvert. L'histoire de chacun redouble les sentiments que capture la caméra d'Aurèle, tout autant accaparé par l'autre volet de son oeuvre :
    La musique. L'effervescence artistique autour du tournage aiguise d'autres intérêts, ceux de deux agents locaux de la CIA, qui flairent un coup à jouer avec la bossa nova, mais aussi de la France de Malraux, soucieuse de se placer dans la compétition internationale que constitue le festival de Cannes.

empty