Folio

  • " entre la beauté que vous, pierre bonnard, m'avez jetée dans les bras, sans le savoir, et celle que vous avez aimée au long de quarante-neuf années, il y a un monde, ou ce n'est pas de la peinture.
    Il y a un monde et c'est l'aventure du regard, avec ses ombres, ses lumières, ses accidents et ses bonheurs. un monde en apparence ouvert et pourtant fermé comme une vie d'homme. les clés pour y pénétrer ne sont pas dans les livres, pas dans la nature, mais très loin derrière nos yeux, dans ce jardin où l'enfance s'est un jour assise, le coeur battant, pour attendre la mer. c'est là qu'il faut aller.
    C'est là que marthe m'a rejoint dans le musée à colonnade et m'a sauvé de la solitude et de l'ennui où je mourais. "

  • Parce que, tout de même, un homme, c'est bien autre chose que le petit tas de secrets qu'on a cent fois dit.
    Bien autre chose, en deçà et au-delà de l'histoire qui le concerne, comme un pays sans frontière, et l'horizon ne tient la longe qu'aux yeux.
    C'est un pays rêvé quand on ne rêvait pas encore, et c'est le rêve d'un pays qui vous mène quand tout dort, quand on est soi-même endormi. au réveil, ça vous colle à la peau. ça vous remplit et ça vous vide tour à tour. la plénitude et le manque, systole, diastole, flux, reflux, qui font aller l'homme comme la mer, d'un bord à l'autre de lui-même.
    Parce qu'un poète, c'est toujours un pays qui marche, dressé comme une forêt, et traînant dans sa langue une terre d'exil, un paradis d'échos.

  • «Mais regardant cet homme au milieu des rires et des chansons, comme un chêne dans son feuillage ; ce danseur crucifié à côté de la piste, ce père que j'ai craint comme l'orage et que j'ai fui pour ne pas avoir à le détester, je me dis qu'il y a pire douleur que tous les arbres de la forêt abattus, tous les massacres en images, c'est de voir un homme en silence qui pleure.» Simon, le narrateur d' Un été autour du cou, devenu adulte, recompose le passé de son père et l'histoire de ce qui les a si longtemps séparés. Devant le cercueil de cet homme qu'il n'a pas vu mourir, Simon se souvient d'un père rude, exigeant, incapable d'exprimer son affection, dont il aura attendu en vain un geste, un mot capable de lui donner confiance. Comment retrouver la tendresse de l'amour qu'on croyait perdu?

  • « Au fond, les vrais voyages sont immobiles. Immobiles et infinis. Solitaires. Silencieux. Souvent, ils commencent dans une chambre où l'on est enfermé parce qu'il pleut ou parce qu'on est malade, obligé de garder le lit. On a huit ou neuf ans, le goût des images qui partent toutes seules dans tous les sens et qu'on lit de même, en sautant par-dessus les fuseaux horaires. » Souvenirs, portraits d'un vagabond furtif, ces courts récits s'offrent comme une variation musicale autour du mot de Rimbaud : « On ne part pas. » Ces récits sont extraits de Partance et autres lieux (collection Blanche).

  • Un été autour du cou

    Guy Goffette

    «Le couvreur prit Simon par les épaules et, s'agenouillant, le regarda bien en face Dis-moi, petit, c'est elle ? Qu'est-ce qu'elle t'a fait, qu'est-ce qu'elle a fait pour te mettre dans cet état-là ? Bon sang, réponds-moi, gamin. Simon se dégagea, essuya ses larmes du plat de la main et, droit dans les yeux, lui rendit son regard. Sans ciller.
    Le couvreur secouait la tête de gauche à droite en répétant Bon Dieu, c'est pas vrai que ça l'a repris, c'est pas vrai.»

  • « Lingère, légère. On a vite fait de glisser de l'un à l'autre. C'est ce qui reste d'une enfance passée entre dentelle et frisson, et qui flotte dans l'air longtemps après que les grands secrets ne sont plus. » Guy Goffette

  • L'autre Verlaine

    Guy Goffette

    « Ce qu'il aura fallu de temps pour que je me convertisse à Verlaine, combien d'errances, d'errements, de ciels perdus, de pluies, de larmes avant que le vieil Ardennais d'exil me rende à ma terre d'enfance avec le fil du coeur et le sens de ma route, je n'en reviens toujours pas. »

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