• Sous la forme d'un long poème initiatique, le mystérieux Julius White lance un cri de rage contre la misère, l'injustice, le racisme, les amours perdus et les conditions carcérales. Ce brûlot poétique hors norme - entre rap, grime et punk - est aussi hors d'âge ; puisque Julius White pourrait être un gangster londonien, tout droit sorti de la série Peaky Blinders, ou bien un bad boy de Northampton, tragique représentant de la scène hiphop anglaise contemporaine.
    Ces vers sont traduits en français par Ange Vincent, hétéronyme de Jean-Claude Pirotte. Ce double imaginaire offre à l'auteur la liberté de raconter la révolte : un parcours personnel dont il avait parsemé avec pudeur toute son oeuvre jusqu'à ce magnifique et tragique chant de Julius White.

  • Dans l'oeuvre multiforme et démesurée de Jean-Claude Pirotte, Poésie/Gallimard a choisi de rassembler trois recueils qui offrent, pour les années 2008-2011, un parcours, une traversée, avec pour double décor le Jura et la mer du Nord. Dans Passage des ombres, on va de l'un à l'autre, plusieurs fois, le paysage semble une toile de fond pour ces ombres passantes, passagères. Station suivante, Cette âme perdue, il n'y a plus qu'un seul lieu, la mer du Nord qui envahit chaque page - une surprenante ode maritime en 88 poèmes, avec poissons, naufrages, noyés, marées, tonnerres sur la mer. Dernière station, Ajoie, «le pays de l'Ajoie», là aussi le paysage prend possession de chaque poème. La mer est remplacée par les monts du Jura, côté Suisse.
    Le tryptique composé par ces recueils donne un tableau où les éléments finalement se fondent. Mer du Nord et Jura : le même ciel, la même terre. Une géologie sereine ou plus trouble, qui appelle inéluctablement la tempête, car le vent souffle à chaque page ou presque. Et puis il y a ce qui singularise Pirotte entre tous, ces légères traces d'ironie dans la mélancolie, qui souvent s'inversent en traces de mélancolie dans l'ironie... Selon les moments, cette poésie apparaîtra ludique, entièrement teintée d'humour, d'irrévérence, ou au contraire sombre, chargée de tous les désespoirs ambiants. En fait, c'est une parole qui se donne pour familière, aussi proche, affectueuse et intime que possible, comme si elle était là, toute proche, et murmurait depuis la pièce d'à côté.

  • « Le narrateur écrit qu'il écrit La Pluie à Rethel - que les choses soient bien claires. Il écrit qu'il attend de ne plus attendre, que l'absence est sa seule compagne, qu'il a froid, qu'il a faim, qu'une migraine le torture, que sa jambe le fait atrocement souffrir. Le narrateur n'est pas vraiment un héros, et il passe son temps à maudire ce lyrisme de pacotille sitôt qu'il l'assaille au détour d'une phrase en voulant lui léguer de pré- tendues prétentions littéraires. Pour écrire La Pluie à Rethel, et la mouise incandescente d'une vie perdue, point n'est besoin de littérature ni d'aucun courage.
    Ce qu'il faut, plutôt, c'est un bourgogne trop vert, quelques bonnes vieilles gauloises, et une rêveuse er- rance en appellation d'origine contrôlée. Il faut aussi la nuit, et l'aube blême d'un bout de ciel qui hésite entre brouillard et crachin. Tout un univers abandonné au fond d'une province captive des rêves des vieux étés. La mémoire est une mère maquerelle que ses nippes font ressembler à un fantôme. » Extrait de la préface de Jean-Paul Chabrier

  • Ce dyptique tendant à l'autobiographie rend compte avant tout d'une écriture de l'errance et du voyage. Au fil des lieux qu'il effleure, des coins de comptoirs qu'il abîme, des villes qu'il traverse, Jean-Claude Pirotte est une sorte de clandestin, un étranger, un vagabond. Il les aime pourtant ces endroits, qu'il écrit et décrit comme des fragments de sa propre personne, s'en imprègne. Toujours fragmentaire, toujours en errance, son écriture se mâtine de poésie et de cavale, se construit par les anecdotes qu'il égraine, ses sensations, ses visions.

    « Je m'en vais en promenade avec mon porte-plume, et parfois une feuille de papier. Il y a toujours du papier dans les bistros. Souvent, ce sont de minuscules blocs-notes, mais c'est sans importance. Très vite j'égare les feuillets où j'ai raconté ce que j'ai vu. Je me souviens avec mélancolie d'avoir écrit ceci ou cela, des choses qui ne feront jamais un livre et que le balayeur poussera d'un geste ample avec les feuilles mortes pour en composer un petit tas de mémoire et d'hiver.»

  • J'irai partout où me rappelle ;
    Ma mémoire du fond des temps ;
    J'ai des souvenirs à la pelle ;
    Et les prochains je les attends ;
    Le ciel se couvre;

    Ce livre est fait pour durer toute une vie. Dès l'instant où vous l'ouvrirez, vous ne pourrez plus vous en séparer. Vous le lirez d'une traite - une histoire en 5 000 poèmes, une « série » en 40 épisodes (40 recueils) -, ou bien vous prendrez l'habitude de l'ouvrir au hasard, et vous tomberez sur un poème destiné spécialement à cet instant de votre vie.
    Si vous lisez un poème par jour, il vous faudra plus de treize ans. Mais vous ne lirez pas un poème par jour, vous tournerez page après page pour vite découvrir la suite, vous serez envoûté, troublé, bouleversé souvent, empli d'un indicible bonheur d'accompagner Jean-Claude Pirotte pendant les deux dernières années de sa vie.
    Sylvie Doizelet ;

  • Un rêve en Lotharingie et Les contes bleus du Vin sont les carnets d'un observateur passionné, une poésie de journal intime, les éphémérides d'un coeur pérégrin qui aime à s'égarer sur des territoires en retrait des sentiers achalandés, vers des coins secrets non référencés par les offices de tourisme :
    « Les pays les plus mal aimés sont les plus chers à mon âme. » Signe distinctif de toute grande poésie, il existe un « univers Pirotte », tout un monde de diversités inattendues, majestueuses drèves et secrètes tortilles, solennités héroïques et veines populaires, alluvions mythiques... une constante vigilance de l'esprit et du coeur, un univers où les frontières entre le réel et l'imaginaire, entre le rêve et la vie, s'estompent et disparaissent.
    Gérard Oberlé.

  • Le silence

    Jean-Claude Pirotte

    « J'aime le vin parce qu'il m'est étrange, parce qu'il m'est familier, parce qu'il est incompréhensible et fabuleux.
    J'aime le vin parce que je ne peux m'empêcher d'aimer les hommes.
    Dans ma cave, il n'y a pas de vin. Il n'y a que d'heureuses espérances. De troublantes expériences. Ma cave est ce fond de caveau que me concède Marius. Je m'y glisse comme au confessionnal, ou pour prier dans une chapelle perdue, ensevelie, où le secret sacramentel est gardé par l'araignée et le champignon. Dans la cave des prétendus amateurs, il y a une collection de bouteilles. Dans les coffres de banques, il y a des valeurs, qui sont des flacons que l'on déshonore. Les déboucher, ce serait constater que le vin se révolte. Le vin, c'est le ferment de l'émeute.
    Le comble de l'esprit d'insurrection, de civilisation. L'alcool de vin, marc, fine, c'est le sommet de l'expérience mystique. » J.-C. Pirotte.
    Si l'ombre et la mort planent dans ce magnifique récit, ultime oeuvre de son auteur, on n'y ressent nulle plainte, plutôt une sorte d'inventaire avant disparition, lucide et émerveillé. Les thèmes familiers de Jean-Claude Pirotte s'y condensent, tel un concentré d'alcools forts et tendres.

  • Mont Afrique

    Jean-Claude Pirotte

    Ce livre n'a ni commencement ni fin, c'est un voyage en boucle, une errance imaginaire faite de souvenirs, de rêves, de références de lectures, d'évocations d'instants précieux, le jaillissement d'une source, la fraîcheur du vrai, l'intensité d'un regard, l'image d'un fugitif qui, pour échapper aux gendarmes, cherchera refuge, en quête d'un improbable bonheur, sur les flancs du Mont Afrique, à quelques pas de Dijon, non loin des vignes réputées.
    Les plus belles pages de Pirotte mêlent l'histoire et l'aventure, et nous ouvrent l'espace du rêve.

  • Un recueil inédit et particulièrement touchant d'un poète majeur qui nous a quittés en mai 2014.

    Malgré la mort qui rôde, ce livre est empreint d'une énergie et d'un po- sitivisme enthousiasmants. Ce carnet, commencé à la mer du Nord en janvier 2010, et continué dans le Jura, a été achevé à la mer du Nord le 20 octobre 2011.

    Plein emploi se situe dans la lignée de Cette âme perdue et Gens sérieux s'abstenir, pour constituer une sorte de triptyque.

  • On sait que Jean-Claude Pirotte est un écrivain à la prose délicate, subtile, magique..., un « peintre du dimanche » comme il se définit lui-même. On sait moins qu'il commet parfois des vers et qu'ils sont une part majeure de son oeuvre. Le Promenoir magique ne reprend pas toute la poésie de Pirotte et de son hétéronyme Ange Vincent, mais les poèmes les plus impeccables, inédits pour la plupart, qu'il a écrits entre 1953 et 2003.

  • Mais l'île est-elle grosse d'on ne sait quelle enfance dont il ignore tout bien que ce soit à lui de dévoiler la charge et les plis de mémoire. Une île ici est une suite de 189 poèmes, ou strophes - car certains sont très courts, à la manière de Guillevic. Cette suite à la forme très libre ne suit que la nécessité de l'émotion et compose un ensemble de variations autour du thème de l'île. Jean-Claude Pirotte est l'auteur d'une cinquantaine de livres.
    Les critiques ont salué sa poésie du quotidien sensible et inspirée, à la tendresse parfois gouailleuse, mais aussi la magie de sa langue au parfum subtil de jadis qui, par sa simplicité et sa gravité soudaine, est incontestablement très moderne, car d'une grande liberté.

  • Écrit comme un journal entre octobre et Noël, sous l'invocation des écrivains aimés, ce livre de poèmes a des accents mélancoliques et même testamentaires. Chassée parfois par la lumière de ce coin du Jura que le poète habite, c'est pourtant l'ombre qui domine, propice aux ruminations de la mémoire et accueillante aux regrets. " Mais il nous reste un peu de rage/ au coeur un brin d'amour humain / le tenace espoir que demain / nous serons élus par l'orage " et la musique entêtante de la prosodie de Pirotte.

  • Au début j'avais réussi à écrire quelques mots dans ma langue, ou plutôt les graver du bout de l'ongle sur un carton minuscule que j'avais trouvé dans le noir en tâtonnant, ils ont dit que j'avais écrit le nom d'Allah et que c'était de l'arabe, mais ils se trompaient, il n'y avait ni le nom d'Allah ni aucun mot d'arabe, c'était le prénom de ma fiancée turque, et d'autres mots griffonnés que j'ai oubliés après qu'ils m'eurent enchaîné les mains et les pieds, la main gauche au pied droit, la droite au pied gauche, et qu'ils m'eurent entouré le cou d'une laisse cloutée au moyen de laquelle ils me traînaient dans une galerie souterraine semée de tessons de bouteilles.

  • "...
    Je crois que la vie, le vin, ne cessent de nous ménager des surprises en nous restituant le passé, l'enfance, les belles images au détour d'une ruelle, ou dans l'éclat soudain de l'automne jaillissant d'un vignoble. Les merveilles nous habitent, elles se tiennent dans le clair-obscur de notre mémoire, dans le halo diffus de notre avenir aussi, elles sont là silencieusement présentes, au coeur de notre distraction, mais si doucement obstinées qu'elles s'inscrivent en nous pour façonner la part de nous-même la plus étrange et la plus familière, le tissu de notre être.
    "

  • La vallée de misère est une chronique poétique.
    Brèves complaintes, " airs de rien " d'une tonalité nostalgique et démodée, petites " chansons sans mystère " qui disent pudiquement le mal de vivre et célèbrent avec ferveur les moments d'enchantement, ces poèmes sont murmurés par jeu dans le souvenir de verlaine et nerval, dans la complicité avec dhôtel, lubin, thomas, perros et quelques autres ; ils ont des accents élégiaques d'une archaïque simplicité - sous des airs simplistes - qu'une ironie de forme toute moderne désenchante sans complaisance.
    Le livre se compose de six recueils aux " vers de caramel ", d'une prosodie à la fois savante et parodique, où la raillerie semble embusquée pour contenir tout excès de tendresse bourrue. mais les " hollandes, les norvèges et les amours " de pirotte nous vont droit au coeur car elles sont celles d'un frère trop grand et malheureux.

  • Jean-Claude Pirotte est l'auteur d'une cinquantaine de livres, qu'il a parfois lui-même illustrés. Les critiques ont salué sa poésie du quotidien sensible et inspirée, à la tendresse parfois gouailleuse, mais aussi la magie de sa langue au parfum subtil de jadis qui, par sa simplicité et sa gravité soudaine, est incontestablement très moderne, car d'une haute liberté. Avec Vaine pâture, c'est une poésie intime que Jean-Claude Pirotte nous livre, mais sans pathos, sans repli vaniteux sur lui-même.
    Il détient comme naturellement le secret de la grande poésie populaire anonyme, celui d'un lyrisme à la fois universel et personnel, immémorial et toujours neuf.

  • « Cette suite de poèmes dont le titre est évidemment un hommage à Valery Larbaud s'apparente, comme de plus en plus souvent dans mon travail, au journal intime, encore que disposé, conçu pour la publication. Le carnet intitulé Cette âme perdue a été ouvert le 20 février 2010 près de la mer du Nord, et ses dernières pages datent de fin avril 2010, alors que je retrouvais la parole après une assez courte mais douloureuse hospitalisation. Ces poèmes assez brefs, dénués de toute ambition novatrice, écrits au jour le jour, témoignent de ce que, dans Alma perdida, Valery Larbaud évoque : «poésie de choses banales . / Hauts et bas du temps et du tempérament» ».
    Jean-Claude Pirotte

  • Cavale

    Jean-Claude Pirotte

    Voici les traces d'une déambulation secrète, à la fois douloureuse, erratique et lumineuse.
    Une vie aventureuse, des amis et des livres, des souvenirs de bonheur et des éclats de peinture. Les bars de Figueras, le taxi d'Antonio, des tentatives avortées d'évasion, les putains charmantes de Barcelone, le monde interlope et banal de l'exil. Bref, ce qui fait l'ordinaire des jours d'un repris de justice habité par la paresse et le souci de la liberté.

  • Aux Assassins qui nous gouvernent/aux tueurs impunis qui règnent/sur la banque et sur le négoce/aux maîtres sereins de l'atroce/léguons la vengeance des dieux...

  • Ni plainte ni complainte dans ce roman cru et nu où l'auteur fait corps avec son personnage pour tenir une chronique où le scalpel de l'humour noir découpe à vif humeurs et tumeurs. Les mots contre les maux. « Les livres sont des analgésiques », écrit Jean-Claude Pirotte. Ils survivront à cette humanité moribonde où le silence et la mort sont siamois. La littérature comme remède. Les ouvrages des écrivains qu'il aime - sa famille élective -font rempart autour de lui. L'écrivain plonge en eux pour revenir à la source, à l'orgueil de finir debout.

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