Epique

  • Touva est une république située en Russie, tout au sud de la Sibérie. Ce n'est que vers les années 1930, alors que la population touva est forcée de se rallier au communisme, que quelques collecteurs et chercheurs commencent à s'intéresser aux traditions de cette région longtemps oubliée. Outre la pratique du chant diphonique, ce sont les « épopées héroïques » - les maadyrlyg tool - qui témoignent au mieux de la singlarité de la culture touva. Bien plus que des histoires de héros transmises oralement de génération en génération, ces épopées ont une véritable fonction rituelle liées à la chasse. Par ses récits, le toolchu - le barde - est censé assurer la survie du groupe, en incitant les chasseurs à affûter leurs sens, et en adoucissant par son art la fille du Maître de la taïga qui intercédera auprès de son père pour rendre le gibier abondant.
    De par sa nature dramatique, l'épopée héroïque constitue une formidable stratégie rituelle, sorte d'imploration augurant d'un possible succès de la chasse, seul garant d'une survie possible du groupe touva.
    Parmi les épopées recueillies par les chercheurs au fil du temps, Khounan-Kara est l'une des plus populaires. Longue de plusieurs milliers de vers, parsemée de formules poétiques, elle parvient à cumuler tout ce qui est susceptible d'aiguiser les sens de l'auditeur : la croissance ultra-rapide du héros ; ses exploits prématurés face à des monstres que sa naissance surnaturelle inquiète ; l'appel de l'amour à l'endroit d'une promise établie dans une lointaine contrée ; son investiture en tant que maadyr - « preux » - ponctuée par l'octroi d'un nom, de vêtements, d'armes de guerre et d'une monture aux vertus étonnantes ; sa conquête du coeur de la promise ; ses longs combats contre un rival d'une rare puissance et les pouvoirs qu'il y déploie ; sa capacité de revêtir à volonté toutes sortes d'apparences ; les épreuves à la fois traditionnelles et herculéennes (lutte, tir à l'arc, chevauchées au bout du monde, etc.) qui le conduisent à accomplir l'impossible exigé par son futur beau-père ; la correction infligée au puissant ennemi de ses parents et, pour finir, le retour sur la terre des siens où, en compagnie de sa princesse et de son clan, il va couler des jours heureux.

  • Shâhnâmeh

    Ferdowsi

    Récit fondateur de la culture iranienne, épopée mythique et historique, le Livre des Rois (Shâhnâmeh) de Ferdowsi est unique par l'ampleur des événements qu'il décrit, par la puissance de l'imaginaire qu'il convoque, et par sa grande richesse cosmogonique, religieuse, morale et politique. Copié et enluminé de façon presque ininterrompue, il donna naissance à un corpus de plusieurs milliers de manuscrits et a` certaines des plus belles miniatures de l'histoire de l'art persan. Aujourd'hui encore, ses vers immortels hantent l'âme des Iraniens et leur font revivre les pages de leur histoire ancienne.

  • « Walt Whitman aura été en fin de compte plus prolifique comme prosateur que comme poète. Soucieux de léguer à la postérité cet important volet de sa production littéraire, il supervisera l'édition définitive de ses textes en prose en 1892, l'année même de sa disparition. Il est donc clair que pour Whitman la frontière entre prose et poésie est ténue, ce qui correspond d'ailleurs à la position qu'il revendique:« l'heure est venue ( ... ) de briser les barrières formelles érigées entre prose et poésie.» Les textes retenus ici couvrent quatre décennies de la carrière littéraire de Walt Whitman. Ils donnent la mesure d'un pan négligé et pourtant primordial de sa production : la réflexion théorique. D'une constance à toute épreuve, il associe sans relâche l'évolution démocratique de son pays au développement de la littérature américaine, au sujet de laquelle il fera preuve jusqu'à sa mort d'une férocité volontiers polémique. Les textes proposés ici (réunis de son vivant par le poète dans Recueil et par son exécuteur testamentaire à titre posthume dans Manuel d'Amérique) brossent de façon saisissante et souvent déroutante le portrait d'un penseur inflexible qui s'est donné comme mission impossible d'imposer la poésie comme pierre angulaire de l'édifice social et politique de tout un pays.
    À ce titre, pour créer une littérature qui puisse se présenter comme autochtone, il restait encore aux États-Unis, débarrassés du joug britannique, à se libérer de l'idiome hérité de l'ancien pouvoir colonial.
    D'où, chez Whitman, l'imbrication si intime du linguistique et du politique.
    C'est l'un des enjeux les plus évidents des textes de Whitman qui, le premier, mettra en oeuvre ce que, désormais, on pourra nommer 1'« américanité ».
    E.A.

  • La Josephina est un poème de près de 3000 hexamètres composé par Jean Gerson, chancelier de l'Université de Paris, entre 1414 et 1417. Rédigée pour l'essentiel au concile de Constance, l'épopée narre l'histoire de la Sainte Famille depuis l'Annonciation jusqu'à la mort de Joseph dans le but de promouvoir le culte du mariage virginal de Joseph et Marie comme exemple de l'union mystique du Christ et de son Église.
    Puisant pour l'essentiel dans le texte biblique, le poème comporte aussi de nombreuses réminiscences classiques qui insèrent l'oeuvre dans le contexte du débat franco-italien de la fin du XIVe siècle sur la valeur de la littérature profane. Véritable somme théologique, ses incises savantes nous livrent en outre des précieux renseignements sur la pensée doctrinale de Gerson. Première jamais faite de la Josephina, la présente traduction est richement annotée et comporte un commentaire approfondi où se lisent en filigrane les débats doctrinaux, littéraires et politiques d'une époque troublée, dans laquelle Gerson fut un acteur de premier plan.

  • Dans un royaume où la lumière est reine, des créatures jalouses vont venir voler les pierres qui la génère. La guerrière réussira-t-elle à les récupérer ? "Un conte fantastique et initiatique, empreint de spiritualité."

  • Le Poème en l'honneur de Louis le Pieux est une oeuvre où abondent des renseignements sur les personnages et leur rôles, sur les événements, les lieux, les moeurs, les dates. On ne sait rien des sources d'Ermold le Noir et il est impossible de dire de quelle façon il les a traitées, même s'il est certain qu'il a utilisé un livre d'annales comme support de son panégyrique. Ermold essaie d'y écrire en poète et chronique les actions les plus brillantes de Louis, en insufflant çà et là un souffle épique.

    Les Épîtres à Pépin, rédigées en vers, présentent quant à elles un intérêt différent. Plus riches de renseignements sur l'auteur, elle jettent un jour assez curieux sur la place qu'il occupait avant son exil à la cour du roi comme poète et conseiller, sur les causes probables de son exil, sur le régime qui lui était appliqué dans sa prison, sur les intrigues auxquelles prêtait son nom dans l'entourage de son protecteur. Elles illustrent également un événement important du IXe siècle : l'installation de la poésie dans la vie des cours et la floraison des oeuvres de l'esprit parmi celles de la force.

  • Abbon de Saint-Germain-des-Prés est l'auteur vers 897, d'un poème intitulé à l'origine De la guerre de Paris, mais plus connu sous le titre Histoire du siège de Paris par les Normands, la principale source sur cet événement qui vit les Vikings aux portes de Paris. Il s'agit d'une narration en 1393 vers latins (organisés en trois livres de 660, 618 et 115 vers) du siège de Paris par les Normands en 886, dont il avait été témoin oculaire. Il s'agit d'une narration en 1393 vers latins (organisés en trois livres de 660, 618 et 115 vers) du siège de Paris par les Normands en 886, dont il avait été témoin oculaire.
    Ce poème a été transmis par un seul manuscrit (Paris. lat. 1633, du xe siècle), ayant appartenu à Pierre Pithou qui en donna l'editio princeps à Paris en 1588, dans son recueil de douze historiens de l'époque carolingienne (réimprimé à Francfort en 1594). Dom Jacques du Breul, moine de Saint-Germain, le fit aussi figurer dans un recueil composé par lui en 1602. Il trouva ensuite sa place dans les collections historiques d'André Duchesne (Recueil des historiens de Normandie en 1619, et deuxième tome des Historiens de France en 1636), et au xviiie siècle dans le Recueil des historiens des Gaules et de la France de Dom Martin Bouquet (tome VIII, 1752) et dans les Nouvelles annales de Paris de Dom Toussaint Du Plessis, Paris, 1753.
    Les deux premiers livres sont le récit du siège proprement dit, alors que le dernier est un recueil de préceptes moraux pour les clercs, sans rapport direct avec ce qui précède. Le comte Eudes, « rex futurus », est chaleureusement célébré, et une grande importance est accordée aux miracles de saint Germain pour la victoire des Parisiens, et au paganisme des Vikings.

  • « Philosopher avec la littérature, formule qui représente le mieux l'esprit de ma démarche actuelle, ce n'est surtout pas philosopher sur la littérature, en cherchant à plaquer sur elle des catégories préfabriquées qui en dénaturent le libre jeu en le canalisant, en en rabotant les aspérités à coups d'abstractions convenues en vue de le ramener dans l'ordre du bien connu. Ce n'est pas non plus chercher les bribes de philosophie susceptibles d'être extraites des oeuvres de littérature où elles subsisteraient au titre d'éléments rapportés. Mais c'est faire ce que j'avais proposé d'appeler, et je maintiens cette proposition, des exercices de philosophie littéraire : c'est-à-dire, sans prétendre élucider leur sens final, car de sens final, justement, elles n'en ont pas, aborder la lecture d'oeuvres dites, en partie par convention, de littérature en essayant de dégager de cette lecture une incitation à faire de la philosophie autrement, d'une manière qui ne se substitue pas à celle que pratiquent ordinairement les philosophes, qui sont eux-mêmes des écrivains d'un type singulier, mais qui l'accompagne, sans la compléter, en lui offrant de nouvelles orientations, de nouvelles manières de poser les problèmes traditionnels de la philosophie, à défaut de pouvoir en esquisser les solutions, pour autant que les problèmes soulevés par la philosophie soient destinés à être résolus. » Cette réédition de l'essai de Pierre Macherey, paru en 1990 sous le titre À quoi pense la littérature ?, est l'occasion pour son auteur d'une mise au point. Dans sa Préface, il revient sur son parcours intellectuel et caractérise l'évolution de sa conception du rapport entre littérature et philosophie.

  • Chamoiseau, fils

    Jean-Louis Cornille

    • Hermann
    • 13 Février 2014

    Dans la plupart des récits qui composent l'oeuvre de Patrick Chamoiseau, la scène est la même : un narrateur étonnamment discret se met à l'écoute d'un autre, nettement plus âgé que lui, à qui il cède la parole. Jean-Louis Cornille y reconnaît la posture du fils. Fils spirituel, Patrick Chamoiseau l'aura été de Glissant et des autres auteurs qui composent sa « sentimenthèque », sans oublier les vieux conteurs de l'île dont la voix se meurt. Fils de ses propres oeuvres, il est aussi lié à beaucoup d'autres paroles. De cet enchevêtrement d'innombrables citations se dégage pourtant une voix propre et souveraine.

  • L'épopée arménienne de David de Sassoun est populaire par son origine et par sa forme, mais elle présente toutes les qualités d'une oeuvre littéraire. Harmonieux mélange de mythologie, de merveilleux, d'esprit chevaleresque, de morale sociale et de respect du prochain, alliant la chanson de geste, le drame et la satire, elle reflète toute la vie du peuple arménien. Parvenue jusqu'à nous par la tradition orale, sans doute parce qu'elle avait été méprisée par les clercs depuis le Ve siècle, elle a été arbitrairement considérée comme une production des environs du Xe siècle. Mais les allusions faites par des écrivains du haut Moyen Âge à des traditions qui se retrouvent dans le premier chant nous permettent de penser que cette oeuvre est beaucoup plus ancienne et que sa composition aurait duré des siècles.

  • Fruit d'une longue maturation, Le Neveu de Rameau, dont le véritable titre est Satire seconde, est une méditation tonitruante sur l'art et la morale. En choisissant de placer un musicien sans le sou (le Neveu de Rameau) au centre de son dialogue, Diderot semble avoir voulu réunir dans une même figure la sensibilité artistique et l'abjection consentie. De plus, le talent de pantomime qu'il prête à son personnage autorise un glissement du sens propre au sens figuré, car les corps expriment aussi les rapports sociaux : de l'indigent au roi, en passant par les petits abbés, les financiers et les courtisanes, chacun danse "la pantomime des gueux".
    C'est justement parce que les corps expriment la condition des individus que le théâtre et la musique, définis comme des imitations, doivent privilégier la gestuelle et les accents. Tout est lié aux yeux du philosophe. Si la musique et l'art de la pantomime sont omniprésents dans ce texte, cela n'est pas sans rapport avec les importantes mutations que connaissent les arts de la scène dans la seconde partie du XVIIIe siècle.
    Le dialogue de Diderot y fait écho de diverses manières. Pour apprécier toute la richesse de cette oeuvre, il faut donc se tourner vers l'histoire totale des pratiques scéniques, celles des comédiens, des chanteurs et des danseurs.

  • Vesper

    Thomas Stalens

    De la poésie au death metal, il n'y a parfois qu'un pas ; dans leur exploration commune de l'extrême, ils s'entremêlent vers les tréfonds d'une noirceur quasi sidérale, sous le patronage lunaire de la nuit. À travers ce livre composé de 40 poèmes écrits principalement en alexandrins d'inspiration hugolienne, et par le biais de récits versifiés et de passages plus lyriques en heptasyllabes, Thomas Stalens explore les ténèbres, sonde la violence, déchire les tissus de la solitude, et restitue une tristesse omniprésente et macabre. Impénétrable souffrance, beauté douloureuse, les pages de ce recueil s'infusent d'une vénéneuse délectation, ode à la stylistique et au cisèlement littéraire.

  • Autoportrait de john ashbery - une ceremonie improvisee Nouv.

    Voici un corps à corps critique avec Self-Portrait in a Convex Mirror. Paru en 1975, c'est le livre le plus célèbre de John Ashbery (1927-2017), le poète américain le plus marquant des cinquante dernières années ; un livre à la fois déroutant et attachant, énigmatique pour ne pas dire mystérieux, excitant la pulsion herméneutique autant qu'il se refuse résolument à l'interprétation. Au gré de l'analyse de ce recueil emblématique de la poésie contemporaine, la performance du poème et celle de sa réception apparaissent comme les deux pôles d'une cérémonie improvisée, à laquelle Pierre Vinclair nous donne les moyens de prendre part, à notre tour. Après Terre inculte. Penser dans l'illisible The Waste Land (publié dans la même collection en 2018), il poursuit ici son double travail d'explication avec la poésie moderniste et de définition d'une éthique de la réception adaptée à son effort.

  • Sous le titre Psychocritique de Rousseau, ce volume regroupe un ensemble représentatif de la recherche d'inspiration freudienne menée par Laurence Viglieno pendant sa carrière. Partant de lectures approfondies de textes longtemps négligés (Narcisse, Dialogues, correspondance de Rousseau, théâtre de jeunesse), selon une démarche qui croise les travaux de Charles Mauron et de Mélanie Klein, elle nous invite à revisiter la fantasmatique des grands massifs du corpus rousseauiste (Confessions, Rêveries, La Nouvelle Héloïse). De nouvelles hypothèses de lecture émergent alors sur la «  dramaturgie interne  » de l'écrivain, nourries par cette double perspective littéraire et analytique.

  • Comment le roman français a-t-il dépeint la Seconde Guerre mondiale dans les années qui suivirent le conflit  ? Que nous dit le roman que ne nous disent pas ses discours concurrents, qu'ils soient politiques, journalistiques ou testimoniaux  ?
    La Guerre manquée  met en lumière un corpus romanesque opposé à la vision héroïque répandue après-guerre. Cet ouvrage analyse une vingtaine de romans dont la particularité a été de donner à voir une guerre irréelle, un combat à la fois fantomatique et violent qui a pu constituer pour bien des Français une expérience commune. Il montre comment les fictions ont très tôt dénoncé le mythe d'une France tout entière unie dans la lutte et ont incarné la mauvaise conscience nationale. Bien avant les historiens ou la génération  68, le roman a ainsi usé des moyens qui lui sont propres pour explorer les zones d'ombre de la guerre.

  • Melancholia

    Philippe Thireau

    • Tinbad
    • 11 Février 2020

    Ce livre, Melancholia, inaugure une nouvelle collection chez Tinbad : « Tinbad-fiction ». Cela permet d'y mettre tous les textes qui sont inclassables : pas du roman, pas de la poésie (surtout pas ! tant le genre est cucul la praline) ;
    Mais une prose entre les deux : ce qu'on appelait dans les années 70 du « texte ». Ce qui n'empêche pas ces textes de raconter une ou des histoires, comme dans le théâtre épique ancien, comme ici : « Deux jeunes gens sont confrontés à la guerre. Le soldat est fauché par une rafale dans un oued sec en Algérie ; dans l'ultime seconde de sa vie, il «parle» à sa fiancée restée en France. Celle-ci pressent un drame, elle écrit une lettre improbable à son amant : reproches et pleurs succèdent aux évocations du passé. À la sécheresse du bled algérien s'oppose la pluie dévastant le camping où réside la jeune femme en métropole. Elle devient eau dans toutes les eaux et ainsi «absorbe» son amant. La couleur violette de ses vêtements, d'un vêtement intime en particulier, symbolise sa solitude, ses rêves, sa melancholia.
    Deux versions (plus une) s'exposent pour un théâtre pluriel. »

  • Phases

    Gilbert Bourson

    • Tinbad
    • 11 Février 2020

    Ce livre, qui sort en même temps que Melancholia de Philippe Thireau, et d'ailleurs postfacé par celui-ci, alors que Gilbert Bourson préface, de façon croisée, Melancholia, ne peut pas rentrer dans notre nouvelle collection « fiction » dans le sens où il part d'un fait mythique :
    L'Odyssée d'Ulysse à travers la Méditerranée et une terrible crise conjugale ; aussi nous l'avons classé dans le genre « chant », genre épique s'il en est.
    « J'ai toujours été frappé par la charge érotique de l'Iliade. La bataille des mots entraîne souvent celle des images de nos joutes amoureuses. Le couple traverse cette guerre des sexes dont on nous parle souvent et que l'écriture met à jour. Elle ouvre le champ où les corps se rencontrent nus dans la scansion, dans le rythme du désir, s'infligeant la blessure de l'attente que vienne à son terme la petite mort. Mêlant les trois temps de la mythologie grecque (Aiôn, Chronos et Kairos), la joute érotique s'arme chair à chair, se fonçant dans la baie l'une l'autre, l'arme étant en même temps l'arme et le bouclier, le Kairos touffu et le sexe d'Aphrodite. » (Gilbert Bourson).
    Philippe Thireau (potsfacier) : « Ce texte fulgurant, viol de tous les instants connus, vus, passés, à venir est construit dans le lit du Scamandre, dieu-fleuve, métaphore, ce peut-il, de la couche d'Hélène de Troie qu'Achille aurait saillie ? »

  • Les morts-vivants ont de longue date envahi grands et petits écrans. Voraces insatiables, ils s'attaquent à présent à la littérature : les voici hantant les colonnes de notre Panthéon. Les auteurs qui y reposaient paisiblement marquent désormais les romans français et francophones contemporains du sceau de leur obsédante présence : celle-ci se manifeste moins par une prolifération intertextuelle que par une véritable résurrection, qui peut prendre la forme de zombis walks, de revenances spectrales ou de réincarnations en tous genres.Entrons donc dans la maison des morts et suivons leur titubant cortège : au détour d'étranges rencontres avec Baudelaire, Rimbaud et d'autres, on y trouvera quelques réflexions sur l'état présent de la littérature, sur son dialogue avec la culture populaire et sur le rapport des lecteurs et des auteurs d'aujourd'hui au patrimoine littéraire.

  • Il est difficile d'envisager une oeuvre plus éclatée, plus ouverte, plus disparate, dans son contenu comme dans son expression, que Les Cantos d'Ezra Pound ; et pourtant cet ensemble est considéré comme le recueil poétique le plus important du XXe siècle. Rédigés entre 1915 et 1966, les poèmes qui le composent chantent l'épopée de « la tribu humaine », tout en acclimatant l'objectivisme et le concrétisme en poésie. Pour aider le lecteur français à s'orienter dans cette oeuvre immense, Jonathan Pollock replace Les Cantos dans le mouvement vorticiste. À la veille de la première guerre mondiale, cette avant-garde londonienne avait fait du tourbillon, ou Vortex, le principe central de son esthétique. De fait, si la réunion de tous les canti en un seul volume peut donner l'illusion d'une construction unifiée, en réalité aucune armature structurelle ne fait tenir Les Cantos : ils se maintiennent eux-mêmes à travers la dispersion de leurs éléments, à la manière d'un cyclone, en détruisant toute l'histoire de la poésie sur leur passage...

  • Le veau de flaubert

    Alain Vaillant

    • Hermann
    • 11 Octobre 2013

    Et si le secret de Madame Bovary se dissimulait derrière un simple calembour, une burlesque histoire de veau ? Le soupçon circule secrètement depuis une quarantaine d'années dans la critique, mais Alain Vaillant mène jusqu'à ses ultimes développements une enquête qui touche à la métaphysique insciente de Flaubert et qui révèle la vraie signification de son célèbre « comique qui ne fait pas rire ». L'étude du rire flaubertien s'accompagne d'une méditation historique sur la passion du romantisme pour le comique ; esquissant par-delà le XIXe siècle une anthropologie générale du rire, elle convoque les plus grandes autorités intellectuelles, d'Aristote à Freud, mais trouve son meilleur emblème dans la « blague supérieure » de l'ermite de Croisset. Entre les lignes, on y lira enfin un manuel pratique d'herméneutique littéraire, qui prend joyeusement à rebrousse-poil les gloses sérieuses des « pédagogues tristes » pour dresser l'éloge iconoclaste mais réfléchi de l'art du rire.

  • Des articles rédigés pour l'Encyclopédie aux conseils adressés à Catherine II, en passant par les digressions, les anecdotes, les fables, les contes et les images soigneusement choisies, comme celle de Polyphème mangeant les compagnons d'Ulysse, Diderot a multiplié les modes d'intervention politique. On peut même considérer que sa pensée politique s'est élaborée dans et par ces formes, et qu'elle est indissociable d'une réflexion sur les conditions concrètes de la communication. Par conséquent, le reproche qui lui a souvent été adressé de ne pas avoir laissé de traité comparable au Contrat social de Rousseau repose sur un profond malentendu. A-t-on cherché à comprendre sa conception du rapport entre discours et société ? C'est précisément l'objet du présent volume, qui, en explorant à la fois la poétique de Diderot et ses thèses sur l'histoire des sociétés, la vie de la cité et le pouvoir légitime, exhibe la richesse d'une pensée politique non dogmatique.

  • Diderot, qui n'a cessé de s'interroger sur la nature des événements et sur les limites du langage, a fini par produire une philosophie des singularités dans laquelle la question du moi occupe une place importante.
    Cette aventure intellectuelle et artistique constitue l'objet du présent essai. Trois questions l'organisent : Comment dire les singularités ? Qu'est-ce que le moi selon Diderot ? Quel rôle jouent les fictions et la création littéraire dans cette exploration du monde humain ? On découvre ainsi un penseur attentif à la variété des expériences et soucieux de ne pas trahir le réel. Paradoxalement, cette exigence le conduit, après d'autres, à inventer des fictions d'un type particulier, comme Jacques le fataliste, Le Neveu de Rameau ou Le Rêve de D'Alembert.
    C'est précisément pour définir cette catégorie d'oeuvres que Franck Salaün a forgé le concept de fiction pensante.

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